{"id":185,"date":"2025-10-02T07:18:47","date_gmt":"2025-10-02T07:18:47","guid":{"rendered":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/philippe-minyana-art-parole\/"},"modified":"2025-10-02T07:18:47","modified_gmt":"2025-10-02T07:18:47","slug":"philippe-minyana-art-parole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/","title":{"rendered":"Philippe Minyana : l&rsquo;art de la parole mise \u00e0 feu et \u00e0 sang"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 certains plient leurs dossiers, Philippe Minyana multiplie les rendez-vous. Cinq spectacles \u00e0 l\u2019affiche, des amiti\u00e9s artistiques au long cours, et une mani\u00e8re singuli\u00e8re de faire parler les silences comme s\u2019ils br\u00fblaient. Sa sc\u00e8ne n\u2019est pas un salon feutr\u00e9 : c\u2019est un foyer o\u00f9 la parole s\u2019embrase, se heurte, et \u00e9claire l\u2019intime sans ciller.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a d\u2019abord l\u2019enfant de Franche-Comt\u00e9, travers\u00e9 par les courants froids d\u2019une maison trop pleine de larmes. Puis l\u2019\u00e9tudiant \u00e0 Besan\u00e7on, l\u2019auteur r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Th\u00e9\u00e2tre Ouvert, enfin le compagnon de route des acteurs et des salles qui, de Paris \u00e0 Angers, aiment quand les mots mordent dans la chair du pr\u00e9sent. Les influences, de Tchekhov \u00e0 Bergman, forment un ch\u0153ur discret ; le plateau, lui, corrige tout.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour suivre ce sillage, imaginons L\u00e9a, spectatrice obstin\u00e9e. Elle feuillette les photos de famille dans <strong>Fant\u00f4mes<\/strong>, se laisse s\u00e9duire par le panache de <strong>Raoul<\/strong> dans <strong>Il s\u2019en va \u2013 Portrait de Raoul (suite)<\/strong>, puis s\u2019assoit face au presque rien de <strong>Lune<\/strong> et <strong>Babette<\/strong> au 100 ECS. Elle sort, revient, repart : chez Minyana, on n\u2019assiste pas, on traverse.<\/p>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_85 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Sommaire\" >Sommaire<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Philippe_Minyana_et_la_maison_des_larmes_origines_dune_ecriture_dramatique_en_fusion\" >Philippe Minyana et la maison des larmes : origines d\u2019une \u00e9criture dramatique en fusion<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Un_theatre_de_la_parole_proferation_violence_douce_et_poetique_scenique\" >Un th\u00e9\u00e2tre de la parole : prof\u00e9ration, violence douce et po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Complicites_et_incarnations_de_Fantomes_a_Il_sen_va_la_troupe_invisible\" >Complicit\u00e9s et incarnations : de Fant\u00f4mes \u00e0 Il s\u2019en va, la troupe invisible<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Carte_blanche_au_100_ECS_minimalisme_apprentissages_et_mise_en_scene_radicale\" >Carte blanche au 100 ECS : minimalisme, apprentissages et mise en sc\u00e8ne radicale<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Minyana_aujourdhui_itineraires_influences_et_pratiques_dun_Theatre_contemporain_vivant\" >Minyana aujourd\u2019hui : itin\u00e9raires, influences et pratiques d\u2019un Th\u00e9\u00e2tre contemporain vivant<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-7\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Reperes_pratiques_et_sensibles_pour_suivre_Philippe_Minyana_en_scene\" >Rep\u00e8res pratiques et sensibles pour suivre Philippe Minyana en sc\u00e8ne<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-8\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Pourquoi_parle-t-on_dune_%C2%AB_violence_de_la_parole_%C2%BB_chez_Philippe_Minyana\" >Pourquoi parle-t-on d\u2019une \u00ab violence de la parole \u00bb chez Philippe Minyana ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-9\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Quest-ce_qui_distingue_sa_mise_en_scene_radicale\" >Qu\u2019est-ce qui distingue sa mise en sc\u00e8ne radicale ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-10\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Comment_aborder_loeuvre_si_lon_ne_connait_pas_Minyana\" >Comment aborder l\u2019\u0153uvre si l\u2019on ne conna\u00eet pas Minyana ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-11\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Quel_role_jouent_les_influences_Tchekhov_Bergman_Colette\" >Quel r\u00f4le jouent les influences (Tchekhov, Bergman, Colette) ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-12\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/philippe-minyana-art-parole\/#Pourquoi_lauteur_reecrit-il_au_contact_des_acteurs\" >Pourquoi l\u2019auteur r\u00e9\u00e9crit-il au contact des acteurs ?<\/a><\/li><\/ul><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Sommaire\"><\/span>Sommaire<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Philippe Minyana et la maison des larmes : origines d\u2019une \u00e9criture dramatique en fusion<\/li><li>Un th\u00e9\u00e2tre de la parole : prof\u00e9ration, violence douce et po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/li><li>Complicit\u00e9s et incarnations : de Fant\u00f4mes \u00e0 Il s\u2019en va, la troupe invisible<\/li><li>Carte blanche au 100 ECS : minimalisme, apprentissages et mise en sc\u00e8ne radicale<\/li><li>Minyana aujourd\u2019hui : itin\u00e9raires, influences et pratiques d\u2019un Th\u00e9\u00e2tre contemporain vivant<\/li><\/ul>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Philippe_Minyana_et_la_maison_des_larmes_origines_dune_ecriture_dramatique_en_fusion\"><\/span>Philippe Minyana et la maison des larmes : origines d\u2019une \u00e9criture dramatique en fusion<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019expression \u00ab l\u2019art de la parole mise \u00e0 feu et \u00e0 sang \u00bb colle \u00e0 la peau de Philippe Minyana parce que sa langue na\u00eet de braises tr\u00e8s personnelles. Il \u00e9voque sans d\u00e9tour cette enfance en <strong>Franche-Comt\u00e9<\/strong> o\u00f9 la maison \u00e9tait froide, la m\u00e8re fragilis\u00e9e, le p\u00e8re discret, la grand-m\u00e8re lointaine. Ce d\u00e9cor, qu\u2019il surnommera plus tard \u00ab la maison des larmes \u00bb, devient la matrice d\u2019une <strong>\u00c9criture dramatique<\/strong> qui ose regarder la douleur dans les yeux. \u00c0 l\u2019aube des ann\u00e9es 1980, le suicide de sa m\u00e8re scelle un pacte : \u00e9crire pour que la blessure trouve sa forme.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La formation \u00e0 Besan\u00e7on lui offre la grammaire du plateau. Mais c\u2019est <strong>Th\u00e9\u00e2tre Ouvert<\/strong> qui d\u00e9clenche la suite. Apr\u00e8s l\u2019envoi de premi\u00e8res pi\u00e8ces \u00e0 Micheline et Lucien Attoun, la convocation \u00e0 Paris, puis la cr\u00e9ation de <strong>Cartaya<\/strong> \u00e0 Beaubourg en 1980, posent un premier jalon. Le jeune auteur comprend alors que sa voix rel\u00e8ve d\u2019un <strong>Langage th\u00e9\u00e2tral<\/strong> brut, taill\u00e9 pour l\u2019instant sc\u00e9nique. Cette perc\u00e9e est autant un accueil qu\u2019un d\u00e9fi : \u00eatre choy\u00e9, oui, mais surtout pouss\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sur la nervure du vivant.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la biblioth\u00e8que de Minyana, la famille des influences a des airs de r\u00e9union \u00e9clectique. <strong>Tchekhov<\/strong> pour le poids des silences et l\u2019ordinaire musical ; <strong>Bergman<\/strong> pour la m\u00e9taphysique au bout du corridor, d\u00e9couverte lors d\u2019un cin\u00e9-club avec Les Fraises sauvages. Katherine Mansfield, Jane Bowles, Paula Fox, James Salter, puis Colette forment une constellation qui lui r\u00e9p\u00e8te que l\u2019infime peut \u00eatre d\u00e9cisif. Cette attention au d\u00e9tail nourrit une <strong>Po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/strong> o\u00f9 l\u2019infime \u00e9clate comme un feu d\u2019artifice retenu.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi cette \u00e9criture frappe-t-elle si juste, quarante ans plus tard, au c\u0153ur du <strong>Th\u00e9\u00e2tre contemporain<\/strong> ? Parce qu\u2019elle organise une <strong>Narration intense<\/strong> sans emphase, et sait faire du <strong>Dialogue br\u00fblant<\/strong> un r\u00e9v\u00e9lateur d\u2019humanit\u00e9. On peut tout dire quand les phrases gardent la politesse des battements de c\u0153ur. Minyana ne commente pas la douleur : il la place sous nos yeux, fugitive et pr\u00e9cise, comme un photographe qui choisirait la bonne lumi\u00e8re avant qu\u2019elle ne s\u2019enfuit.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9a, notre spectatrice, l\u2019a senti tr\u00e8s t\u00f4t. Elle feuillette des articles sur la libert\u00e9 des sc\u00e8nes r\u00e9gionales et tombe sur des r\u00e9cits qui r\u00e9sonnent avec cette radicalit\u00e9 tendre, de la m\u00e9moire de Maurice Pottecher aux formes \u00e9mergentes. En se promenant, elle croise des regards d\u2019ailleurs qui prolongent l\u2019\u0153uvre de Minyana autant qu\u2019ils l\u2019interrogent.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/liberte-theatre-lure\/\">Libert\u00e9 de jouer \u00e0 Lure<\/a> pour comprendre d\u2019o\u00f9 peut na\u00eetre un geste exigeant.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/maurice-pottecher-univers\/\">L\u2019univers de Maurice Pottecher<\/a> pour la filiation populaire et po\u00e9tique.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/immersion-theatre-baume-dames\/\">Immersions \u00e0 Baume-les-Dames<\/a> qui rappellent l\u2019ardeur des territoires.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Minyana n\u2019a rien d\u2019un th\u00e9oricien froid. Il est cet artisan qui r\u00e9\u00e9crit au contact du plateau, qui laisse l\u2019acteur bousculer la phrase, et qui pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9clat d\u2019un mot exact \u00e0 l\u2019ornement inutile. Sa \u00ab maison des larmes \u00bb n\u2019est pas un mausol\u00e9e : c\u2019est un atelier o\u00f9 la blessure, au lieu de s\u2019endurcir, se m\u00e9tamorphose en voix vivante. La vraie sc\u00e8ne de Minyana commence ici.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Rep\u00e8re<\/strong><\/th>\n<th><strong>\u00c9v\u00e9nement<\/strong><\/th>\n<th><strong>Impact sur l\u2019\u00e9criture<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Enfance en Franche-Comt\u00e9<\/td>\n<td>Maison froide, liens familiaux caboss\u00e9s<\/td>\n<td>Source d\u2019une <strong>violence de la parole<\/strong> contenue et sensible<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Rencontre avec Th\u00e9\u00e2tre Ouvert<\/td>\n<td>Cr\u00e9ation de <strong>Cartaya<\/strong> \u00e0 Beaubourg (1980)<\/td>\n<td>Validation d\u2019un <strong>Langage th\u00e9\u00e2tral<\/strong> singulier<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Influences litt\u00e9raires et cin\u00e9ma<\/td>\n<td>Tchekhov, Bergman, Mansfield, Colette<\/td>\n<td><strong>Po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/strong> du d\u00e9tail et du silence agissant<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Deuil fondateur<\/td>\n<td>D\u00e9c\u00e8s de la m\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980<\/td>\n<td><strong>Narration intense<\/strong> qui refuse le pathos<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La braise initiale est pos\u00e9e. Bient\u00f4t la parole va se faire corps, prof\u00e9r\u00e9e, parfois mordante, toujours n\u00e9cessaire : l\u2019atelier s\u2019ouvre sur le feu de la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette gen\u00e8se intime bifurque naturellement vers la fa\u00e7on dont l\u2019auteur fait r\u00e9sonner la parole au plateau, dans une m\u00e9canique de prof\u00e9ration au cordeau.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Un_theatre_de_la_parole_proferation_violence_douce_et_poetique_scenique\"><\/span>Un th\u00e9\u00e2tre de la parole : prof\u00e9ration, violence douce et po\u00e9tique sc\u00e9nique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parler de Minyana, c\u2019est parler d\u2019une parole qui se dit autant qu\u2019elle s\u2019\u00e9coute. Sa sc\u00e8ne n\u2019est pas d\u00e9corative ; elle met en jeu une <strong>Exp\u00e9rimentation verbale<\/strong> o\u00f9 les mots gagnent ce que la sc\u00e9nographie leur c\u00e8de. On le sait : \u00ab la sc\u00e8ne a toujours raison \u00bb. Cette maxime dirige sa pratique, l\u2019autorisant \u00e0 ajouter, retirer, d\u00e9placer. Le texte devient mati\u00e8re vivante, r\u00e9visable, offerte \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019instant.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette pratique l\u2019inscrit au c\u0153ur du <strong>Th\u00e9\u00e2tre contemporain<\/strong>, dans une lign\u00e9e qu\u2019on rattache souvent \u00e0 la prof\u00e9ration : la parole dite comme acte, presque comme musique. Nulle hyst\u00e9rie pourtant : l\u2019architecture du <strong>Dialogue br\u00fblant<\/strong> tient sur des pivots tr\u00e8s simples \u2014 d\u00e9sir, solitude, vieillesse, humour \u2014 ordonn\u00e9s par une \u00e9coute rigoureuse. C\u2019est la circulation des regards qui r\u00e8gle la vitesse, et non l\u2019emphase.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les influences se d\u00e9voilent ici. De Tchekhov, l\u2019art de laisser le sens s\u2019infiltrer dans l\u2019ordinaire ; de Bergman, l\u2019exigence m\u00e9taphysique au coin de la table. Mansfield lui apprend \u00e0 saisir l\u2019instant, Bowles \u00e0 ch\u00e9rir les figures caboss\u00e9es, Fox \u00e0 b\u00e2tir au millim\u00e8tre, Salter \u00e0 faire d\u2019un d\u00e9tail une clef de vo\u00fbte. Colette, enfin, souffle la sensualit\u00e9 d\u2019une phrase qui respire. La somme porte un nom : <strong>Po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/strong> du presque rien qui fait beaucoup.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour L\u00e9a, c\u2019est une grammaire d\u2019\u00e9coute. Assise au deuxi\u00e8me rang, elle guette la ligne o\u00f9 la phrase bascule et nous r\u00e9v\u00e8le. Quand un acteur se trompe, Minyana ajuste ; quand la sc\u00e8ne acc\u00e9l\u00e8re, il respire. La parole devient un organisme. Dans <strong>Fant\u00f4mes<\/strong>, deux hommes commentent des photos qui s\u2019illuminent dans la m\u00e9moire ; dans <strong>Lune<\/strong>, un visage seul suffit. Ici, l\u2019<strong>\u00c9criture dramatique<\/strong> est pr\u00e9cision, la <strong>Narration intense<\/strong> est concentration.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9conomie n\u2019exclut pas la friction. On parle de <strong>violence de la parole<\/strong> chez Minyana, mais c\u2019est une violence de v\u00e9rit\u00e9 : ce qui est dit ne mitige pas, ce qui est tu s\u2019entend. La phrase peut frapper, puis consoler, comme si elle testait la solidit\u00e9 du c\u0153ur. L\u2019auteur n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pratiquer une <strong>D\u00e9construction du discours<\/strong> : il d\u00e9monte la rh\u00e9torique qui prot\u00e8ge, pour laisser venir le tremblement.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>La parole comme geste sc\u00e9nique plut\u00f4t que d\u00e9cor linguistique.<\/li><li>Le silence actif, premier partenaire du texte.<\/li><li>La reprise et le montage comme modes d\u2019invention au plateau.<\/li><li>La confiance donn\u00e9e \u00e0 l\u2019acteur, qui devient co-auteur du rythme.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Regarder de pr\u00e8s ces principes, c\u2019est comprendre pourquoi la sobri\u00e9t\u00e9 visuelle sert mieux son art. La <strong>Mise en sc\u00e8ne radicale<\/strong> n\u2019est pas un slogan : c\u2019est l\u2019art de d\u00e9pouiller pour rendre la phrase audible jusque dans ses craquements. La musique n\u2019accompagne pas l\u2019\u00e9criture : ce sont les acteurs qui y mettent le battement. Ainsi la parole s\u2019embrase sans cris inutiles.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Principe<\/strong><\/th>\n<th><strong>Effet sur sc\u00e8ne<\/strong><\/th>\n<th><strong>Exemple dans l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Prof\u00e9ration<\/td>\n<td>Parole agissante, physique<\/td>\n<td><strong>Fant\u00f4mes<\/strong> : photos comment\u00e9es qui ouvrent l\u2019intime<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Silence structurant<\/td>\n<td>Suspense \u00e9motionnel<\/td>\n<td>\u00c9chos tchekhoviens dans les pauses et regards<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Montage de fragments<\/td>\n<td>Texte adaptable au pr\u00e9sent<\/td>\n<td>Pi\u00e8ces r\u00e9\u00e9crites au contact des acteurs<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>D\u00e9construction du discours<\/td>\n<td>R\u00e9v\u00e9lation du non-dit<\/td>\n<td>Confidences soudaines dans <strong>Lune<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour qui veut prolonger l\u2019\u00e9coute, jeter un \u0153il aux parcours parisiens et aux saisons ouvertes au risque est inspirant. Certaines programmations f\u00e9d\u00e8rent des gestes proches de cette sobri\u00e9t\u00e9 ardente, et donnent des points de comparaison vivifiants.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De la th\u00e9orie \u00e0 la main qui \u00e9crit, un m\u00eame fil : faire de la sc\u00e8ne une chambre d\u2019\u00e9chos o\u00f9 la parole, loin de s\u2019\u00e9puiser, se recharge.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces principes se incarnent d\u2019autant mieux quand des acteurs, des metteurs en sc\u00e8ne et des salles en \u00e9pousent la flamme : place aux complicit\u00e9s.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Complicites_et_incarnations_de_Fantomes_a_Il_sen_va_la_troupe_invisible\"><\/span>Complicit\u00e9s et incarnations : de Fant\u00f4mes \u00e0 Il s\u2019en va, la troupe invisible<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien ne dure sans fid\u00e9lit\u00e9. Minyana s\u2019est fa\u00e7onn\u00e9 des alliances qui ressemblent \u00e0 une famille \u00e9largie. \u00c0 Dijon, un soir d\u2019apr\u00e8s-spectacle, il croise <strong>Laurent Charpentier<\/strong>. L\u2019ann\u00e9e suivante, nouvelle rencontre fortuite : la conversation devient fraternit\u00e9. <strong>J\u2019ai remont\u00e9 la rue et j\u2019ai crois\u00e9 des fant\u00f4mes<\/strong>, puis <strong>Fant\u00f4mes<\/strong> naissent de ce lien. Deux hommes, des photos de famille, la Franche-Comt\u00e9 qui affleure : tout cela pour dire la solitude, le d\u00e9sir, la vieillesse. \u00ab Ce n\u2019est pas la m\u00e9lancolie qui domine, mais le chagrin \u00bb, dit l\u2019auteur. La nuance fait loi.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autre complice, autre \u00e9nergie : <strong>Marcial Di Fonzo Bo<\/strong>. Rencontr\u00e9 jeune, \u00e0 peine arriv\u00e9 d\u2019Argentine, il a fait du temps son alli\u00e9. Devenu directeur du Quai CDN Angers, il a mis en sc\u00e8ne plusieurs pi\u00e8ces, de La Petite dans la For\u00eat profonde \u00e0 Une femme. La pr\u00e9sence r\u00e9currente de <strong>Catherine Hiegel<\/strong> dans ces projets confirme l\u2019exigence : une actrice qui sait faire gronder la simplicit\u00e9. Les cr\u00e9ations \u00e0 la Colline et \u00e0 la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise ont laiss\u00e9 des sillons. On aime chez Di Fonzo Bo cette libert\u00e9 \u00e0 tordre les mythes, \u00e0 ramener les l\u00e9gendes au pr\u00e9sent.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, il y a <strong>Raoul Fernandez<\/strong>, histoire romanesque s\u2019il en est. Costumier pass\u00e9 acteur, encourag\u00e9 par <strong>Stanislas Nordey<\/strong>, il devient le c\u0153ur battant d\u2019un r\u00e9cit de transition(s). N\u00e9 au Salvador, \u00e9lev\u00e9 comme une fille apr\u00e8s la mort d\u2019un fr\u00e8re, porteur puis non de faux seins, il fa\u00e7onne un autoportrait au couteau. <strong>Portrait de Raoul<\/strong> a connu un succ\u00e8s inattendu, jusqu\u2019en Am\u00e9rique latine. La suite, <strong>Il s\u2019en va \u2013 Portrait de Raoul (suite)<\/strong>, retrouve cet humour d\u00e9sarmant qui n\u2019efface rien. Cr\u00e9ation au <strong>Quai \u2013 CDN d\u2019Angers<\/strong> au printemps 2025, puis tourn\u00e9e du 6 au 18 octobre 2025 aux <strong>Plateaux Sauvages<\/strong> \u00e0 Paris : la route est trac\u00e9e.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les calendriers dessinent une carte sensible. <strong>Fant\u00f4mes<\/strong>, apr\u00e8s sa cr\u00e9ation au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u2013 Paris<\/strong> en 2024, revient du 10 au 16 octobre 2025. Un duo, une m\u00e9moire, une sc\u00e8ne. \u00c0 l\u2019\u0153il nu, tout semble simple ; \u00e0 l\u2019oreille, rien ne l\u2019est. L\u00e9a s\u2019y rend deux fois : la premi\u00e8re pour l\u2019histoire, la seconde pour la musique cach\u00e9e des respirations.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour pr\u00e9parer ses itin\u00e9raires, elle picore dans des panoramas du jeu \u00e0 Paris et ailleurs, o\u00f9 la curiosit\u00e9 appelle la curiosit\u00e9. On y retrouve cette app\u00e9tence pour la parole vive, les sc\u00e8nes de poche, l\u2019exigence sans d\u00e9cor inutile.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/spectacles-theatre-paris-septembre\/\">Rep\u00e9rages de spectacles \u00e0 Paris<\/a> pour caler ses rendez-vous.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/le-grand-o-morlaix-salamandre\/\">\u00c9chapp\u00e9e \u00e0 Morlaix<\/a> pour mesurer d\u2019autres mani\u00e8res de faire vibrer le plateau.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/decouvertes-theatrales-semecourt\/\">D\u00e9couvertes \u00e0 Sem\u00e9court<\/a> qui tracent un autre acc\u00e8s au public.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces collaborations racontent une \u00e9thique : l\u2019auteur \u00e9crit avec, pour, parfois apr\u00e8s les acteurs. Il compose au pr\u00e9sent. Ce n\u2019est pas un \u00ab syst\u00e8me \u00bb : c\u2019est une attention pr\u00e9cise, qui rend possible une <strong>Mise en sc\u00e8ne radicale<\/strong> quand elle s\u2019impose, ou une sobri\u00e9t\u00e9 souple quand elle s\u2019impose davantage. Le moteur reste le m\u00eame : porter une <strong>Narration intense<\/strong> qui respire au contact de celles et ceux qui la disent.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Complice<\/strong><\/th>\n<th><strong>\u0152uvre(s)<\/strong><\/th>\n<th><strong>Lieu et dates<\/strong><\/th>\n<th><strong>\u00c9lan artistique<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Laurent Charpentier<\/td>\n<td><strong>Fant\u00f4mes<\/strong><\/td>\n<td>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville, reprise 10\u201316 oct. 2025<\/td>\n<td>Intimit\u00e9, m\u00e9moire, <strong>Dialogue br\u00fblant<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Marcial Di Fonzo Bo &amp; Catherine Hiegel<\/td>\n<td><strong>Une femme<\/strong>, <strong>La Petite&#8230;<\/strong><\/td>\n<td>La Colline, Com\u00e9die-Fran\u00e7aise<\/td>\n<td><strong>Mise en sc\u00e8ne radicale<\/strong>, pr\u00e9cision du jeu<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Raoul Fernandez<\/td>\n<td><strong>Portrait de Raoul<\/strong>, <strong>Il s\u2019en va<\/strong><\/td>\n<td>Quai CDN Angers (cr\u00e9ation 2025), Plateaux Sauvages (tourn\u00e9e)<\/td>\n<td>Autobiographie assum\u00e9e, <strong>D\u00e9construction du discours<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une troupe invisible, des fid\u00e9lit\u00e9s concr\u00e8tes : c\u2019est ainsi que la parole trouve ses corps, et que le feu reste sur sc\u00e8ne sans tout r\u00e9duire en cendres.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette m\u00e9canique d\u2019alliances rencontre au 100 ECS une autre face de Minyana : le minimalisme p\u00e9dagogique et la joie de transmettre.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Carte_blanche_au_100_ECS_minimalisme_apprentissages_et_mise_en_scene_radicale\"><\/span>Carte blanche au 100 ECS : minimalisme, apprentissages et mise en sc\u00e8ne radicale<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au 100 ECS, Minyana se concentre. <strong>Treize ou qui veut du g\u00e2teau aux pommes<\/strong> na\u00eet d\u2019une commande du <strong>Th\u00e9l\u00e8me Th\u00e9\u00e2tre \u00c9cole<\/strong> de Julie Brochen : les \u00e9l\u00e8ves confient leurs pens\u00e9es par SMS ; l\u2019auteur les transmute en fiction. Il est rare qu\u2019une \u00e9cole commande une pi\u00e8ce \u00e0 un auteur vivant, et l\u2019exp\u00e9rience montre combien l\u2019atelier du pr\u00e9sent galvanise l\u2019<strong>\u00c9criture dramatique<\/strong>. De cette mati\u00e8re quotidienne surgit une polyphonie : on y entend la vivacit\u00e9, les doutes, la vitesse du temps.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le projet se prolonge avec <strong>Lune<\/strong> \u2014 mis en sc\u00e8ne par Minyana lui-m\u00eame avec <strong>Catherine Pietri<\/strong> \u2014 et <strong>Babette<\/strong>, \u00e9crit pour <strong>Dominique Jacquet<\/strong> et mis en sc\u00e8ne par <strong>Jacques David<\/strong>. Sc\u00e9nographie : presque rien. Une table, une chaise, un visage. Ce presque rien est tout : la <strong>Po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/strong> prend le pouvoir, confirmant une <strong>Mise en sc\u00e8ne radicale<\/strong> quand la phrase le requiert. Lumi\u00e8res fines, \u00e9coute tenue : les instruments sont simples, l\u2019effet est grand.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les cr\u00e9dits parlent d\u2019eux-m\u00eames, tant ils racontent la fabrique. Direction de Julie Brochen, assistance de Jean Baptiste Martin et Sergio Canto, travail vocal avec Nikola Takov, corps avec Karine Gonzales, musique et mixage sign\u00e9s L\u00e9opold Couderc : le ch\u0153ur p\u00e9dagogique est harmonieux. Les \u00e9l\u00e8ves-acteurs \u2014 la \u00ab Promotion Minyana \u00bb \u2014 se frottent au risque du pr\u00e9sent. L\u00e9a, elle, aime cette promesse : la salle en sort brass\u00e9e, comme apr\u00e8s une bonne r\u00e9p\u00e9tition, mais en public.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9cole et la sc\u00e8ne s\u2019emm\u00ealent, et c\u2019est heureux. On conna\u00eet les vertus de la transmission : quand l\u2019auteur \u00e9prouve sa phrase au contact de jeunes interpr\u00e8tes, elle reprend souffle. Tout cela compose un triptyque qui n\u2019a pas besoin de tapis rouge. Une heure, une voix : la sc\u00e8ne s\u2019eclaire. Cette \u00e9conomie rappelle que la <strong>Narration intense<\/strong> ne d\u00e9pend pas du spectaculaire, mais du point d\u2019incandescence atteint par la parole.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>Treize<\/strong> (100 ECS, 1h30) : ch\u0153ur d\u2019\u00e9l\u00e8ves, fiction n\u00e9e de messages.<\/li><li><strong>Lune<\/strong> (100 ECS, 1h) : une actrice, une \u00e9coute frontale.<\/li><li><strong>Babette<\/strong> (100 ECS, 1h) : un costume, une lumi\u00e8re, une trajectoire.<\/li><\/ul>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Pi\u00e8ce<\/strong><\/th>\n<th><strong>Dur\u00e9e<\/strong><\/th>\n<th><strong>Direction<\/strong><\/th>\n<th><strong>Interpr\u00e8tes<\/strong><\/th>\n<th><strong>Particularit\u00e9s<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Treize<\/strong> (g\u00e2teau aux pommes)<\/td>\n<td>1h30<\/td>\n<td>Julie Brochen<\/td>\n<td>Promotion Minyana du \u00ab Temps du Jeu \u00bb<\/td>\n<td>SMS transform\u00e9s, ch\u0153ur jeune, rythme serr\u00e9<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Lune<\/strong><\/td>\n<td>1h<\/td>\n<td>Philippe Minyana<\/td>\n<td>Catherine Pietri<\/td>\n<td>Plateau \u00e9pur\u00e9, lumi\u00e8re de Tom Bouchardon<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Babette<\/strong><\/td>\n<td>1h<\/td>\n<td>Jacques David<\/td>\n<td>Dominique Jacquet<\/td>\n<td>Costume-signature, duo lumi\u00e8res David\/Thicot<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les coulisses, L\u00e9a surligne quelques rendez-vous annexes qui parlent ce m\u00eame langage du risque mesur\u00e9, et nourrissent sa curiosit\u00e9 pour d\u2019autres sc\u00e8nes qui bruissent \u00e0 Paris et au-del\u00e0.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/pain-bouche-theatre-charmois\/\">Pain sur la bouche \u00e0 Charmois<\/a> pour le go\u00fbt des mots qui mordent.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/soeurs-grec-theatre-boucheporn\/\">Les S\u0153urs au GrEC<\/a> o\u00f9 l\u2019intime se conjugue au pluriel.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/chok-theatre-saison-contemporaine\/\">Saisons contemporaines au Chok Th\u00e9\u00e2tre<\/a> pour prendre le pouls d\u2019une autre fabrique.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le minimalisme de la carte blanche n\u2019est pas un retrait ; c\u2019est une promesse tenue : la sc\u00e8ne pour la parole, la parole pour la sc\u00e8ne. On y voit comment, chez Minyana, la <strong>D\u00e9construction du discours<\/strong> devient un art d\u2019\u00e9clairer sans expliquer.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De ce laboratoire, on passe naturellement aux routes qui m\u00e8nent Minyana d\u2019un plateau \u00e0 l\u2019autre, avec cette \u00e9nergie ludique d\u2019un jeune premier.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Minyana_aujourdhui_itineraires_influences_et_pratiques_dun_Theatre_contemporain_vivant\"><\/span>Minyana aujourd\u2019hui : itin\u00e9raires, influences et pratiques d\u2019un Th\u00e9\u00e2tre contemporain vivant<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 soixante-dix-neuf ans, Minyana garde la voix vive et l\u2019envie de recommencer. Son th\u00e9\u00e2tre voyage d\u2019Ath\u00e8nes \u00e0 Qu\u00e9bec, de Florence \u00e0 Tokyo, de Rome \u00e0 Chicago. La qualit\u00e9 des exp\u00e9riences varie, le cap reste : faire passer la langue. L\u2019auteur assume ce principe simple : on joue au pr\u00e9sent. Sur chaque sc\u00e8ne, il revisite, il coupe, il r\u00e9ordonne, fid\u00e8le \u00e0 sa maxime \u2014 \u00ab la sc\u00e8ne a toujours raison \u00bb \u2014 qui fonde une \u00e9thique pratique plus qu\u2019une th\u00e9orie.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette \u00e9thique se voit dans le planning recentr\u00e9 qui aligne <strong>Fant\u00f4mes<\/strong> (reprise \u00e0 Paris en octobre), <strong>Il s\u2019en va \u2013 Portrait de Raoul (suite)<\/strong> (cr\u00e9ation au printemps \u00e0 Angers puis tourn\u00e9e aux Plateaux Sauvages), et les pi\u00e8ces du 100 ECS (<strong>Treize<\/strong>, <strong>Lune<\/strong>, <strong>Babette<\/strong>). Chaque rendez-vous incarne un pan de sa m\u00e9thode : la m\u00e9moire mise \u00e0 nu ; l\u2019autobiographie en sc\u00e8ne ; l\u2019atelier minimal. L\u00e0 encore, l\u2019<strong>Exp\u00e9rimentation verbale<\/strong> sert de boussole.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9a a forg\u00e9 sa m\u00e9thode de spectatrice pour naviguer dans ces propositions. Elle choisit deux formats rapproch\u00e9s \u2014 un duo comme <strong>Fant\u00f4mes<\/strong> et un solo comme <strong>Lune<\/strong> \u2014 afin d\u2019entendre la modulation de la <strong>Narration intense<\/strong>. Puis elle se r\u00e9serve une soir\u00e9e de fiction chorale avec <strong>Treize<\/strong> pour entendre d\u2019autres timbres. Elle prend enfin la tangente biographique avec <strong>Il s\u2019en va<\/strong>, histoire de v\u00e9rifier comment la <strong>D\u00e9construction du discours<\/strong> prend en charge l\u2019aveu, l\u2019humour, la pudeur.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le paysage plus large, d\u2019autres trajectoires \u00e9clairent ce go\u00fbt pour la sc\u00e8ne qui respire. Ce n\u2019est pas tant une \u00e9cole qu\u2019une mani\u00e8re de tenir le plateau : ajuster, \u00e9couter, polir, relancer. Les spectateurs, eux, rep\u00e8rent des lignes de force et tissent leurs circuits de curiosit\u00e9 comme on arpente une ville.<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/valentina-caroline-nguyen\/\">Regard crois\u00e9 autour de Caroline Nguyen<\/a> pour l\u2019attention au r\u00e9cit et \u00e0 la m\u00e9moire.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/liberte-theatre-lure\/\">\u00c9lan libertaire \u00e0 Lure<\/a> qui redonne go\u00fbt au risque sc\u00e9nique.<\/li><li><a href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/immersion-theatre-baume-dames\/\">Immersions \u00e0 Baume-les-Dames<\/a> comme boussole d\u2019engagement local.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe chez Minyana, c\u2019est la coh\u00e9rence : qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une grande sc\u00e8ne parisienne ou d\u2019un plateau solidaire, l\u2019\u00e9nergie reste identique. On ne \u00ab repr\u00e9sente \u00bb pas une id\u00e9e ; on \u00e9prouve un souffle. La <strong>violence de la parole<\/strong> n\u2019a rien de destructeur : elle ouvre les fen\u00eatres pour mieux respirer. C\u2019est ainsi que l\u2019auteur, au pr\u00e9sent, continue de renouveler notre \u00e9coute.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Rendez-vous<\/strong><\/th>\n<th><strong>Lieu<\/strong><\/th>\n<th><strong>Caract\u00e9ristique<\/strong><\/th>\n<th><strong>Ce qu\u2019on \u00e9coute<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td><strong>Fant\u00f4mes<\/strong> (reprise)<\/td>\n<td>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville \u2013 Paris<\/td>\n<td>Duo, photos, m\u00e9moire<\/td>\n<td>Silences tchekhoviens, <strong>Dialogue br\u00fblant<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Il s\u2019en va<\/strong> (suite de Raoul)<\/td>\n<td>Quai \u2013 CDN Angers, Plateaux Sauvages (tourn\u00e9e)<\/td>\n<td>Autobiographie sc\u00e9nique<\/td>\n<td>Humour, pudeur, <strong>D\u00e9construction du discours<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><strong>Treize<\/strong>, <strong>Lune<\/strong>, <strong>Babette<\/strong><\/td>\n<td>100 ECS (Paris XII)<\/td>\n<td>Minimalisme, p\u00e9dagogie<\/td>\n<td><strong>Po\u00e9tique sc\u00e9nique<\/strong>, pr\u00e9cision rythmique<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fond, si l\u2019on cherche un mode d\u2019emploi, le voici : venir, s\u2019asseoir, \u00e9couter les mots qui respirent. Et accepter qu\u2019ils nous changent un peu, le temps du spectacle et longtemps apr\u00e8s.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de pr\u00e9parer vos billets, quelques rep\u00e8res pratiques et sensibles pour vous guider dans l\u2019exp\u00e9rience Minyana.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Reperes_pratiques_et_sensibles_pour_suivre_Philippe_Minyana_en_scene\"><\/span>Rep\u00e8res pratiques et sensibles pour suivre Philippe Minyana en sc\u00e8ne<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la profusion des offres, on gagne \u00e0 tracer un parcours. Commencez par le duo de <strong>Fant\u00f4mes<\/strong> au <strong>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/strong> pour go\u00fbter le nerf de la parole \u00e0 deux. Encha\u00eenez avec un solo au 100 ECS \u2014 <strong>Lune<\/strong> ou <strong>Babette<\/strong> \u2014 afin d\u2019entendre comment la phrase tient sans b\u00e9quille. Finissez par <strong>Il s\u2019en va \u2013 Portrait de Raoul (suite)<\/strong> pour mesurer la largeur de cette sc\u00e8ne autobiographique o\u00f9 l\u2019aveu devient style.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u00e9a, notre \u00e9claireuse, guette aussi les contextes : elle aime confronter l\u2019\u00e9pure minyanesque \u00e0 d\u2019autres fables sc\u00e9niques, pour voir ce qui change, ce qui r\u00e9siste. Cette circulation nourrit l\u2019oreille : elle revient \u00e0 Minyana plus curieuse, plus aiguis\u00e9e. Et vous, quelle porte ouvrirez-vous d\u2019abord ?<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Voir deux formats (duo\/solo) pour sentir la gamme de la <strong>Narration intense<\/strong>.<\/li><li>Choisir une salle \u00ab laboratoire \u00bb (100 ECS) et une salle \u00ab phare \u00bb (Th\u00e9\u00e2tre de la Ville).<\/li><li>Comparer une autobiographie sc\u00e9nique \u00e0 une fiction chorale.<\/li><\/ul>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>\u00c9tape<\/strong><\/th>\n<th><strong>Objectif d\u2019\u00e9coute<\/strong><\/th>\n<th><strong>O\u00f9<\/strong><\/th>\n<th><strong>Mot-cl\u00e9<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>1. Duo<\/td>\n<td>Entendre la tension \u00e0 deux<\/td>\n<td>Th\u00e9\u00e2tre de la Ville<\/td>\n<td><strong>Dialogue br\u00fblant<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>2. Solo<\/td>\n<td>Mesurer la tenue de la phrase seule<\/td>\n<td>100 ECS<\/td>\n<td><strong>Mise en sc\u00e8ne radicale<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>3. Autobiographie<\/td>\n<td>Toucher le vrai sans pathos<\/td>\n<td>Quai \/ Plateaux Sauvages<\/td>\n<td><strong>Exp\u00e9rimentation verbale<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce circuit, la promesse est claire : une parole qui ne se cache pas. Une parole qui, mise \u00e0 feu et \u00e0 sang, continue d\u2019\u00e9clairer.<\/p>\n\n<script type=\"application\/ld+json\">\n{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@type\":\"FAQPage\",\"mainEntity\":[{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"Pourquoi parle-t-on du2019une u00ab violence de la parole u00bb chez Philippe Minyana ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Parce que ses textes assument une franchise qui ne contourne pas la blessure. Cette violence nu2019est pas agressive : elle est ru00e9vu00e9latrice. En du00e9pouillant les protections rhu00e9toriques, lu2019auteur pratique une du00e9construction du discours qui met lu2019intime u00e0 nu sans sensationnalisme.\"}},{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"Quu2019est-ce qui distingue sa mise en scu00e8ne radicale ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Le du00e9pouillement. Peu du2019u00e9lu00e9ments scu00e9niques, une u00e9coute millimu00e9tru00e9e, un rythme qui nau00eet des acteurs. 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En d\u00e9pouillant les protections rh\u00e9toriques, l\u2019auteur pratique une d\u00e9construction du discours qui met l\u2019intime \u00e0 nu sans sensationnalisme.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Quest-ce_qui_distingue_sa_mise_en_scene_radicale\"><\/span>Qu\u2019est-ce qui distingue sa mise en sc\u00e8ne radicale ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Le d\u00e9pouillement. Peu d\u2019\u00e9l\u00e9ments sc\u00e9niques, une \u00e9coute millim\u00e9tr\u00e9e, un rythme qui na\u00eet des acteurs. La radicalit\u00e9 n\u2019est pas un effet-choc : elle consiste \u00e0 laisser la parole et le silence structurer l\u2019espace, pour une narration intense.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Comment_aborder_loeuvre_si_lon_ne_connait_pas_Minyana\"><\/span>Comment aborder l\u2019\u0153uvre si l\u2019on ne conna\u00eet pas Minyana ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Commencez par Fant\u00f4mes pour la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e0 deux, puis un solo au 100 ECS (Lune ou Babette) pour l\u2019\u00e9pure, et terminez par Il s\u2019en va \u2013 Portrait de Raoul (suite) pour l\u2019autobiographie sc\u00e9nique. Vous parcourrez ainsi sa gamme du duo au solo, du fictionnel au biographique.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Quel_role_jouent_les_influences_Tchekhov_Bergman_Colette\"><\/span>Quel r\u00f4le jouent les influences (Tchekhov, Bergman, Colette) ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Elles orientent l\u2019attention : Tchekhov pour le silence agissant, Bergman pour la gravit\u00e9 lumineuse, Colette pour la sensualit\u00e9 de la langue. Ces rep\u00e8res irriguent une po\u00e9tique sc\u00e9nique du d\u00e9tail, sans jamais \u00e9touffer la singularit\u00e9 de l\u2019auteur.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Pourquoi_lauteur_reecrit-il_au_contact_des_acteurs\"><\/span>Pourquoi l\u2019auteur r\u00e9\u00e9crit-il au contact des acteurs ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Parce que \u00ab la sc\u00e8ne a toujours raison \u00bb. L\u2019acteur devient le barom\u00e8tre du texte. Ajuster en r\u00e9p\u00e9tition garantit que l\u2019\u00e9criture ne reste pas th\u00e9orique mais vivante, ajust\u00e9e au souffle pr\u00e9sent du plateau.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 certains plient leurs dossiers, Philippe Minyana multiplie les rendez-vous. 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