{"id":882,"date":"2026-05-03T07:22:48","date_gmt":"2026-05-03T07:22:48","guid":{"rendered":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/"},"modified":"2026-05-03T07:22:48","modified_gmt":"2026-05-03T07:22:48","slug":"eric-giraud-macbeth-contemporain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/","title":{"rendered":"Thonon-les-Bains : \u00c9ric Giraud transpose Macbeth dans une \u00e9poque contemporaine"},"content":{"rendered":"<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>, la rumeur a d\u2019abord travers\u00e9 les rives du L\u00e9man comme une onde vive : la <strong>Compagnie du Graal<\/strong> revient aux sources pour mieux les d\u00e9router. Sous l\u2019impulsion d\u2019<strong>\u00c9ric Giraud<\/strong>, le c\u00e9l\u00e8bre drame de Shakespeare se faufile dans notre pr\u00e9sent satur\u00e9 d\u2019images, avec une <strong>adaptation contemporaine<\/strong> qui r\u00e9veille les ombres et questionne nos certitudes de spectateurs. On croyait conna\u00eetre <strong>Macbeth<\/strong> et ses couteaux nocturnes\u2009; voici que le texte se frotte aux LED, aux \u00e9crans, aux pulsations \u00e9lectroniques, et qu\u2019une <strong>mise en sc\u00e8ne<\/strong> vive \u00e9claire l\u2019obsession du pouvoir d\u2019un jour nouveau. Les r\u00e9p\u00e9titions, men\u00e9es \u00e0 vive allure au th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina, ont dessin\u00e9 une trajectoire nette\u2009: rendre lisibles les dilemmes d\u2019hier \u00e0 travers les fractures d\u2019aujourd\u2019hui, sans perdre la puissance brute de la <strong>trag\u00e9die<\/strong>.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Concr\u00e8tement, ce <strong>spectacle<\/strong> n\u2019empile pas des clins d\u2019\u0153il \u00ab modernes \u00bb pour faire joli\u2009; il creuse l\u2019os de la <strong>pi\u00e8ce de Shakespeare<\/strong> et tend le micro \u00e0 nos angoisses contemporaines. Les sorci\u00e8res? Elles prennent les voix d\u2019une \u00e9poque qui pr\u00e9dit tout, calcule tout, surveille tout. Le ch\u00e2teau? Un espace modulable o\u00f9 l\u2019intime d\u00e9raille sous les projecteurs. La bataille? Un capharna\u00fcm rythm\u00e9 par la technologie et les corps, sans renier l\u2019odeur du fer et la morsure des remords. Le pari d\u2019<strong>\u00c9ric Giraud<\/strong> est clair\u2009: faire palpiter les contradictions d\u2019un monde \u00ab futur, lointain (ou proche?) \u00bb en gardant l\u2019\u00e9nergie frontale du <strong>th\u00e9\u00e2tre moderne<\/strong>. Et si la maxime de la pi\u00e8ce \u2014 \u00ab rien n\u2019est, tout devient \u00bb \u2014 se vivait, ici et maintenant, au rythme d\u2019un plateau qui respire avec son public\u2009?<\/p>\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_85 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Reflexions_sur_lappropriation_de_la_piece_ecossaise_a_Thonon-les-Bains_par_Eric_Giraud\" >R\u00e9flexions sur l\u2019appropriation de la pi\u00e8ce \u00e9cossaise \u00e0 Thonon-les-Bains par \u00c9ric Giraud<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Attirance_et_resistance_face_a_lhypotexte_canonique\" >Attirance et r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019hypotexte canonique<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Macbeth_au_theatre_Maurice-Novarina_une_mise_en_scene_entre_present_et_futur\" >Macbeth au th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina : une mise en sc\u00e8ne entre pr\u00e9sent et futur<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-4\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Ce_quil_faut_guetter_pendant_la_representation\" >Ce qu\u2019il faut guetter pendant la repr\u00e9sentation<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-5\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Du_texte_elisabethain_au_theatre_moderne_traductions_rythmes_et_jeu_dacteurs\" >Du texte \u00e9lisab\u00e9thain au th\u00e9\u00e2tre moderne : traductions, rythmes et jeu d\u2019acteurs<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-6\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Le_pari_rythmique_accelerer_sans_precipiter_ralentir_sans_allonger\" >Le pari rythmique : acc\u00e9l\u00e9rer sans pr\u00e9cipiter, ralentir sans allonger<\/a><\/li><\/ul><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-7\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Une_tragedie_politique_tres_actuelle_pouvoir_medias_et_vertige_moral\" >Une trag\u00e9die politique tr\u00e8s actuelle : pouvoir, m\u00e9dias et vertige moral<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-8\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Guide_du_spectateur_a_Thonon-les-Bains_vivre_Macbeth_au_plus_pres\" >Guide du spectateur \u00e0 Thonon-les-Bains : vivre Macbeth au plus pr\u00e8s<\/a><ul class='ez-toc-list-level-3' ><li class='ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-9\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Petits_reperes_pratiques_et_sensibles\" >Petits rep\u00e8res pratiques et sensibles<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-10\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Qui_met_en_scene_Macbeth_a_Thonon-les-Bains\" >Qui met en sc\u00e8ne Macbeth \u00e0 Thonon-les-Bains ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-11\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#En_quoi_cette_version_est-elle_une_adaptation_contemporaine\" >En quoi cette version est-elle une adaptation contemporaine ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-12\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Faut-il_connaitre_la_piece_de_Shakespeare_avant_de_venir\" >Faut-il conna\u00eetre la pi\u00e8ce de Shakespeare avant de venir ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-13\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#A_partir_de_quel_age_peut-on_apprecier_ce_spectacle\" >\u00c0 partir de quel \u00e2ge peut-on appr\u00e9cier ce spectacle ?<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-3'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-14\" href=\"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/eric-giraud-macbeth-contemporain\/#Ou_se_deroule_la_representation_a_Thonon-les-Bains\" >O\u00f9 se d\u00e9roule la repr\u00e9sentation \u00e0 Thonon-les-Bains ?<\/a><\/li><\/ul><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Reflexions_sur_lappropriation_de_la_piece_ecossaise_a_Thonon-les-Bains_par_Eric_Giraud\"><\/span>R\u00e9flexions sur l\u2019appropriation de la pi\u00e8ce \u00e9cossaise \u00e0 Thonon-les-Bains par \u00c9ric Giraud<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourquoi ce retour \u00e0 Shakespeare dans la ville thermale? Parce que la troupe a, depuis ses d\u00e9buts, un fil rouge tiss\u00e9 avec les classiques. La premi\u00e8re aventure, en 1994, portait d\u00e9j\u00e0 l\u2019empreinte du Barde avec un Songe qui parfumait les saisons. Entre-temps, une dizaine d\u2019\u0153uvres ont \u00e9t\u00e9 affront\u00e9es, amadou\u00e9es, parfois secou\u00e9es. Cette continuit\u00e9 donne de l\u2019\u00e9lan\u2009: travailler un canon, c\u2019est accepter l\u2019\u00e9treinte d\u2019un \u00ab hypotexte \u00bb qui attire et inqui\u00e8te. Avec <strong>Macbeth<\/strong>, le magn\u00e9tisme est total\u2009: la violente ascension d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral, attis\u00e9e par une \u00e9pouse d\u2019acier, refuse la ti\u00e9deur. \u00c0 <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>, <strong>\u00c9ric Giraud<\/strong> s\u2019empare de ce c\u0153ur incandescent pour le porter au front du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019int\u00e9r\u00eat n\u2019est pas d\u2019illustrer docilement un monument litt\u00e9raire, mais d\u2019en rajeunir les asp\u00e9rit\u00e9s. Comment? D\u2019abord en embrassant les ambigu\u00eft\u00e9s. La tentation du meurtre n\u2019est pas un exotisme m\u00e9di\u00e9val\u2009; elle devient une figure des compromis qui rongent, des ambitions qui graissent les rouages, des d\u00e9cisions qui ab\u00eement les nuits. Ensuite en bousculant les hi\u00e9rarchies visuelles\u2009: la parole garde son tr\u00f4ne, mais l\u2019image \u2014 lumi\u00e8re, vid\u00e9o, rythme \u2014 parle aussi, en rimes muettes, avec la m\u00eame autorit\u00e9. La <strong>mise en sc\u00e8ne<\/strong> ne substitue pas l\u2019\u00e9cran au verbe\u2009; elle les met en duo.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail d\u2019appropriation s\u2019appuie sur des pr\u00e9c\u00e9dents inspirants. Des auteurs contemporains, d\u2019<strong>Howard Brenton<\/strong> (Thirteenth Night, 1981) \u00e0 <strong>David Greig<\/strong> (Dunsinane, 2010), ont explor\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019histoire \u00e9cossaise. Leurs \u0153uvres, contrast\u00e9es, rappellent qu\u2019on peut entrer dans Shakespeare en contre-plong\u00e9e\u2009: non pour d\u00e9molir, mais pour dialoguer. \u00c0 la Maison des Arts du L\u00e9man, ce dialogue s\u2019inscrit dans une saison o\u00f9 les arts oscillent entre patrimoine et exploration, preuve que la curiosit\u00e9 du public est vive quand le risque sc\u00e9nique est clair.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait croire que l\u2019actualisation rend les trag\u00e9dies plus \u00ab faciles \u00bb. C\u2019est l\u2019inverse. Quand les sorci\u00e8res ressemblent \u00e0 nos algorithmes et que la cour devient un open space d\u2019ego f\u00e9briles, l\u2019angle mort dispara\u00eet. La faute n\u2019est pas ailleurs, elle est ici. La <strong>trag\u00e9die<\/strong> ne nous rassure pas en convoquant l\u2019exotisme\u2009; elle nous coince dans notre \u00e9poque. Macbeth n\u2019a pas besoin d\u2019un tr\u00f4ne gothique pour \u00eatre gla\u00e7ant\u2009; il suffit d\u2019un badge, d\u2019un poste, d\u2019une notification \u00e0 2 h 13.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reste la question de la fid\u00e9lit\u00e9. Que doit-on pr\u00e9server? Le rythme des sc\u00e8nes capitales, la spirale de la culpabilit\u00e9, l\u2019\u00e9lan du couple vers le n\u00e9ant. <strong>\u00c9ric Giraud<\/strong> garde ces rep\u00e8res comme une boussole. Ce qui change, c\u2019est la distance entre les corps, l\u2019usage des silences, l\u2019intrusion du son. Quand un personnage h\u00e9site, c\u2019est tout le plateau qui respire plus court. Quand il ment, la sc\u00e9nographie respire autrement, comme si le d\u00e9cor lui-m\u00eame se crispait. Le texte ancien, revivifi\u00e9, impose sa modernit\u00e9 par l\u2019\u00e9coute qu\u2019on lui offre.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la fin, l\u2019appropriation n\u2019est pas une trahison, c\u2019est une conversation courageuse. On entre au th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina pour rencontrer un mythe, on ressort avec une poign\u00e9e de questions neuves dans la poche. Est-ce l\u00e0 le vrai sens d\u2019un classique? S\u2019il sait nous parler, c\u2019est qu\u2019il sait changer avec nous. C\u2019est la promesse tenue par cette aventure de <strong>th\u00e9\u00e2tre moderne<\/strong> \u00e0 <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>, qui replace la <strong>pi\u00e8ce de Shakespeare<\/strong> l\u00e0 o\u00f9 elle respire le mieux\u2009: au contact du monde.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Attirance_et_resistance_face_a_lhypotexte_canonique\"><\/span>Attirance et r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019hypotexte canonique<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les artistes n\u2019embrassent pas Shakespeare comme on embrasse un totem, mais comme on affronte un partenaire indomptable. L\u2019attirance vient de la pr\u00e9cision des caract\u00e8res, la r\u00e9sistance na\u00eet de la peur de r\u00e9p\u00e9ter. La solution? Inventer une grammaire sc\u00e9nique qui ne fane pas les vers, mais les met \u00e0 la di\u00e8te de l\u2019essentiel. Une voix, un geste, un noir bien plac\u00e9 valent parfois dix ornements. Cette sobri\u00e9t\u00e9 nerveuse, revendiqu\u00e9e par l\u2019\u00e9quipe, donne du nerf \u00e0 l\u2019ensemble. On reconna\u00eet alors la signature d\u2019<strong>\u00c9ric Giraud<\/strong>\u2009: un go\u00fbt du resserrement, alli\u00e9 \u00e0 des images qui frappent sans noyer.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au bout du compte, l\u2019appropriation r\u00e9ussit quand le public se reconna\u00eet dans la contradiction fondamentale du h\u00e9ros : tuer pour devenir roi, et se perdre en devenant quelqu\u2019un. La balance morale penche, se redresse, puis c\u00e8de. C\u2019est l\u00e0, dans ce fr\u00e9missement, que l\u2019on sait que le texte est vivant.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Macbeth_au_theatre_Maurice-Novarina_une_mise_en_scene_entre_present_et_futur\"><\/span>Macbeth au th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina : une mise en sc\u00e8ne entre pr\u00e9sent et futur<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plateau, l\u2019espace glisse comme une plaque tectonique. Un mur devient \u00e9cran, un \u00e9cran devient voile, un voile devient menace. La lumi\u00e8re, nerveuse, compose une cartographie des vertiges\u2009: zones de chaleur pour les tentations, halos glac\u00e9s pour les remords. La vid\u00e9o ne raconte pas l\u2019action, elle r\u00e9v\u00e8le les arri\u00e8re-plans\u2009: un battement de c\u0153ur agrandi, un visage qui se f\u00eale, une ville qui s\u2019emmure. Tout concourt \u00e0 installer un climat \u00ab futur, lointain (ou proche?) \u00bb, o\u00f9 la fronti\u00e8re entre intime et politique se brouille sans cesse.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les sc\u00e8nes phares gagnent en nettet\u00e9. Le banquet, par exemple, troque ses chandelles contre une table de r\u00e9union \u00e9lectrique o\u00f9 les rires sonnent trop fort. Le spectre ne surgit pas forc\u00e9ment en drap blanc\u2009; il d\u00e9range par sa pr\u00e9sence \u00ab augment\u00e9e \u00bb, comme si la culpabilit\u00e9 s\u2019\u00e9tait branch\u00e9e \u00e0 la console. La for\u00eat de Birnam n\u2019a pas besoin de troncs r\u00e9els\u2009; elle peut na\u00eetre d\u2019une chor\u00e9graphie d\u2019ombres, d\u2019un ballet de silhouettes fluorescentes ou d\u2019une mar\u00e9e de pixels qui progressent comme un front v\u00e9g\u00e9tal. Tout est question de sensation\u2009: on doit ressentir le resserrement, l\u2019\u00e9tau, la marche in\u00e9luctable.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le son est un complice majeur. Des nappes \u00e9lectroniques s\u2019infiltrent, des pulsations cardiaques imposent leur tempo, des voix trait\u00e9es brouillent l\u2019augure. Les \u00ab sorci\u00e8res \u00bb peuvent \u00eatre \u00e9parpill\u00e9es \u2014 ici un souffle, l\u00e0 une interf\u00e9rence \u2014, comme si l\u2019oracle lui-m\u00eame s\u2019\u00e9tait diss\u00e9min\u00e9 dans la salle. Ce choix fait vibrer une peur bien d\u2019aujourd\u2019hui : et si la proph\u00e9tie \u00e9tait un flux, un fil jamais coup\u00e9? \u00c0 cette question, la <strong>mise en sc\u00e8ne<\/strong> r\u00e9pond par une dramaturgie du signal, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 brille et ment \u00e0 la m\u00eame seconde.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ancrer tout cela, il faut des acteurs pr\u00eats \u00e0 danser avec l\u2019inconfort. Le couple central avance sans filet, les regards deviennent des aiguilles. La physicalit\u00e9 remplace l\u2019ornement\u2009: courir, s\u2019arr\u00eater net, reprendre son souffle, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 raconter une faute. Chacun mesure l\u2019\u00e9cart entre ce qu\u2019il dit et ce qu\u2019il est. Une poign\u00e9e trop ferme, un rire trop bref\u2009: les indices de la chute jalonnent le parcours, jusqu\u2019au point de non-retour. Ce th\u00e9\u00e2tre-l\u00e0 \u00e9coute la respiration et filme la pens\u00e9e.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un habitu\u00e9 de la Maison des Arts du L\u00e9man nous confiait \u00e0 la sortie d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition publique : \u00ab J\u2019ai eu la sensation de voir un r\u00eave debout. \u00bb Image juste. Le r\u00eave, ici, n\u2019est pas un refuge \u2014 il est la mati\u00e8re m\u00eame du r\u00e9el quand il se d\u00e9r\u00e8gle. La salle, complice, devient juge et t\u00e9moin, happ\u00e9e par une esth\u00e9tique qui n\u2019agit jamais pour la forme mais pour la tension. On sort avec l\u2019impression d\u2019avoir travers\u00e9 une nuit tr\u00e8s claire.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Ce_quil_faut_guetter_pendant_la_representation\"><\/span>Ce qu\u2019il faut guetter pendant la repr\u00e9sentation<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>La rythmique des noirs<\/strong> : chaque extinction raconte une d\u00e9cision ou un refoulement.<\/li><li><strong>Les contre-chants vid\u00e9o<\/strong> : ils ne doublent pas le texte, ils le contredisent parfois.<\/li><li><strong>Le travail du ch\u0153ur<\/strong> (voix, bruit, souffle) : un pouls collectif qui commente sans discourir.<\/li><li><strong>La circulation des accessoires<\/strong> : r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un geste, obstination d\u2019un objet, transfert de faute.<\/li><li><strong>Les regards du couple<\/strong> : la g\u00e9ographie d\u2019une complicit\u00e9 qui s\u2019effiloche.<\/li><\/ul>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour prolonger l\u2019exp\u00e9rience et comparer les approches actuelles, quelques ressources vid\u00e9o permettent de sentir l\u2019ampleur des inventions sc\u00e9niques autour de la \u00ab pi\u00e8ce \u00e9cossaise \u00bb.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comparer ne sert pas \u00e0 sacrer un mod\u00e8le, mais \u00e0 mieux calibrer sa propre perception. Ce que fait ce <strong>spectacle<\/strong> \u00e0 Thonon, c\u2019est proposer une grammaire sensible du pouvoir : elle serre, elle ment, elle charme, puis elle mord. Un th\u00e9\u00e2tre de peau, d\u2019image et de nerfs, qui tient la promesse d\u2019une <strong>adaptation contemporaine<\/strong> pleinement sensuelle.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Du_texte_elisabethain_au_theatre_moderne_traductions_rythmes_et_jeu_dacteurs\"><\/span>Du texte \u00e9lisab\u00e9thain au th\u00e9\u00e2tre moderne : traductions, rythmes et jeu d\u2019acteurs<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Adapter la langue, c\u2019est l\u2019\u00e9tape la plus d\u00e9licate. Les vers iambiques portent une musique que l\u2019oreille francophone n\u2019entend pas toujours de la m\u00eame mani\u00e8re. L\u2019\u00e9quipe opte pour une traduction vive, nerveuse, qui coupe au bon endroit et relance le sens plut\u00f4t que d\u2019empiler les beaut\u00e9s d\u00e9coratives. L\u2019id\u00e9e\u2009: pr\u00e9server la densit\u00e9 sans retrouver la poussi\u00e8re. On resserre les phrases, mais on garde les secousses. On dompte l\u2019alexandrin quand il s\u2019alourdit, on le lib\u00e8re quand il s\u2019allume. Rien d\u2019iconoclaste, juste une di\u00e9t\u00e9tique du verbe pour l\u2019amener, sain et joueur, devant le public.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le travail des com\u00e9diens s\u2019en ressent. La diction fuit le solennel compass\u00e9\u2009; elle pr\u00e9f\u00e8re les attaques franches, les suspens respir\u00e9s, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration quand la panique gagne. Un mot de trop, et la phrase perd sa morsure. Un silence de travers, et la sc\u00e8ne s\u2019effondre. On entend ici une direction d\u2019acteurs pr\u00e9cise, o\u00f9 les corps parlent autant que les bouches. L\u2019\u00e9nergie n\u2019est pas d\u00e9pens\u00e9e, elle est investie\u2009: elle doit faire sens, comme un capital de tension \u00e0 placer au bon moment.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La sc\u00e9nographie soutient ces choix de langue. Quand la parole se densifie, le d\u00e9cor s\u2019\u00e9pure. Quand la fable galope, l\u2019image ralentit, pour \u00e9viter l\u2019\u00e9pilepsie narrative. L\u2019escorte sonore, elle, s\u2019autorise des frottements\u2009: un bourdonnement \u00e0 peine perceptible pendant un aveu, un soufflet de basse au seuil d\u2019un meurtre, une coupure s\u00e8che au moment d\u2019un mensonge. Tout est architecture, afin que le plateau reste lisible et que l\u2019\u00e9motion circule sans embouteillages.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour aider le public \u00e0 lire cette m\u00e9canique, on peut cartographier la transposition des motifs de la pi\u00e8ce en dispositifs concrets. Voici un tableau-synth\u00e8se qui fera office de boussole, sans d\u00e9florer les surprises de la repr\u00e9sentation.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table>\n<thead>\n<tr>\n<th><strong>Motif shakespearien<\/strong><\/th>\n<th><strong>Transposition sc\u00e9nique<\/strong><\/th>\n<th><strong>Effet sur le public<\/strong><\/th>\n<\/tr>\n<\/thead>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Ambition qui d\u00e9vore<\/td>\n<td>Lumi\u00e8res ascendantes, cadres qui se resserrent, tempo cardiaque<\/td>\n<td>Sentiment d\u2019\u00e9l\u00e9vation toxique puis d\u2019\u00e9touffement<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Le sang et la faute<\/td>\n<td>Couleurs froides puis chaudes, traces lumineuses qui ne s\u2019effacent pas<\/td>\n<td>Impression de tache morale ind\u00e9l\u00e9bile<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Proph\u00e9ties \u00e9quivoques<\/td>\n<td>Voix spatialis\u00e9es, micro-d\u00e9lai, phrases tronqu\u00e9es<\/td>\n<td>Doute permanent, parano\u00efa partag\u00e9e<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Meurtre du roi<\/td>\n<td>Silence total, blackout partiel, souffle audible<\/td>\n<td>Choc brut, temps suspendu<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>For\u00eat de Birnam<\/td>\n<td>Corps en mouvement, projections organiques, progression lumineuse<\/td>\n<td>Assaut inexorable, menace sourde<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Sommeil et visions<\/td>\n<td>Vibrations discr\u00e8tes, images d\u00e9phas\u00e9es, ralenti chor\u00e9graphique<\/td>\n<td>Malaise hypnotique, empathie pour la d\u00e9rive<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table><\/figure>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette charpente n\u2019est pas un carcan. Elle autorise de fines variations soir apr\u00e8s soir, selon la mani\u00e8re dont la salle respire avec les com\u00e9diens. C\u2019est l\u2019un des plaisirs du <strong>th\u00e9\u00e2tre moderne<\/strong> : l\u2019instant invente la r\u00e8gle, le vivant prime l\u2019intention. L\u2019\u00e9quipe d\u2019<strong>\u00c9ric Giraud<\/strong> s\u2019en sert comme d\u2019une partition ouverte, o\u00f9 chaque instrument \u2014 voix, mouvement, lumi\u00e8re \u2014 a son solo, sans jamais oublier l\u2019orchestre.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Le_pari_rythmique_accelerer_sans_precipiter_ralentir_sans_allonger\"><\/span>Le pari rythmique : acc\u00e9l\u00e9rer sans pr\u00e9cipiter, ralentir sans allonger<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tempo, c\u2019est l\u2019arme invisible d\u2019un <strong>drame<\/strong> r\u00e9ussi. Acc\u00e9l\u00e9rer la mont\u00e9e du pouvoir donne l\u2019euphorie ; ralentir l\u2019apr\u00e8s-coup rend le vertige. Le danger? Confondre vitesse et intensit\u00e9. Ici, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration est une question de densit\u00e9, pas de d\u00e9cibels. Les sc\u00e8nes-cl\u00e9s respirent comme des pistons : l\u2019une pousse, l\u2019autre comprime. Au total, la repr\u00e9sentation avance comme une navette, tissant un tissu dramatique o\u00f9 chaque n\u0153ud compte. On se surprend alors \u00e0 \u00e9couter les silences autant que les mots, et \u00e0 comprendre que la modernit\u00e9 n\u2019est pas un style\u2009: c\u2019est une fa\u00e7on de disposer le temps.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Une_tragedie_politique_tres_actuelle_pouvoir_medias_et_vertige_moral\"><\/span>Une trag\u00e9die politique tr\u00e8s actuelle : pouvoir, m\u00e9dias et vertige moral<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La force de cette version est d\u2019assumer l\u2019inscription politique du r\u00e9cit. Ce n\u2019est pas une reconstitution historique\u2009; c\u2019est un miroir d\u00e9formant de nos institutions et de nos \u00e9crans. Quand un personnage ment, une salle enti\u00e8re tousse\u2009: cela s\u2019entend, cela se voit. Les signaux d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 \u00e9l\u00e9ments de langage, storytelling, images virales \u2014 r\u00e9\u00e9crivent en direct la r\u00e9alit\u00e9, comme le font les proph\u00e9ties chez Shakespeare. Le pouvoir n\u2019est plus seulement un sceptre\u2009; c\u2019est un flux qui s\u2019attrape, se perd, se refabrique. La sc\u00e8ne devient une chambre d\u2019\u00e9cho de nos d\u00e9mocraties essouffl\u00e9es.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On pourrait se souvenir que, d\u00e8s 2024, la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise diffusait sa lecture de la \u00ab pi\u00e8ce \u00e9cossaise \u00bb en direct dans des salles de cin\u00e9ma, preuve que la curiosit\u00e9 grand public pour les classiques r\u00e9invent\u00e9s ne faiblit pas. \u00c0 <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>, la proposition s\u2019inscrit dans le m\u00eame \u00e9lan, mais en misant sur la puissance du pr\u00e9sentiel. Le souffle de l\u2019acteur, l\u2019odeur de la salle, la complicit\u00e9 impr\u00e9visible du public : tout ce que la cam\u00e9ra ne peut pas voler devient l\u2019argument massue de cette <strong>adaptation contemporaine<\/strong>.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au c\u0153ur de cette lecture politique, le couple principal devient un cas clinique de gestion de crise. Communiquer ou avouer? Nier ou d\u00e9tourner? Un texte en bandeau peut tout effacer, croit-on \u2014 jusqu\u2019au moment o\u00f9 le regard trahit. L\u2019esth\u00e9tique sc\u00e9nique n\u2019est pas une lubie technophile\u2009; c\u2019est un laboratoire pour comprendre comment une image lave (ou salit) plus blanc que les mots. De fait, les sc\u00e8nes publiques \u2014 banquets, c\u00e9l\u00e9brations, annonces \u2014 jouent la com\u00e9die de la transparence. Et la chambre, la nuit, rappellent qu\u2019on n\u2019\u00e9teint pas sa faute avec un communiqu\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les th\u00e9matiques \u00e9conomiques s\u2019invitent aussi, en filigrane. Les alliances ressemblent \u00e0 des fusions, les trahisons \u00e0 des OPA sauvages, la peur au sein d\u2019un comit\u00e9 de direction quand la ligne rouge flambe. Sans caricature, l\u2019\u00e9quipe montre comment l\u2019obsession de performance masque des faillites intimes. On sort avec une sensation \u00e9trange\u2009: ce que l\u2019on a vu n\u2019est pas seulement une mont\u00e9e au tr\u00f4ne, c\u2019est une mont\u00e9e en surr\u00e9gime, puis une panne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. L\u2019onde de choc s\u2019appelle culpabilit\u00e9.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour qui aime les ponts entre les \u00e9poques, la comparaison avec Dunsinane (Greig) ou Thirteenth Night (Brenton) \u00e9claire bien l\u2019enjeu. Chez eux, l\u2019apr\u00e8s-guerre ou la coulisse politique prolongent la fable et ses zones grises. Ici, la compagnie du Graal condense ce hors-champ dans le pr\u00e9sent de la repr\u00e9sentation, en assumant que notre \u00e9poque, satur\u00e9e de r\u00e9cits, sait d\u00e9j\u00e0 fabriquer son propre apr\u00e8s. Il n\u2019y a pas besoin de lendemain pour sentir que la faute ne meurt pas\u2009; elle s\u2019archive en nous, en trending topic de la m\u00e9moire.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour \u00e9largir encore le spectre des points de vue et nourrir la curiosit\u00e9, on pourra explorer d\u2019autres captations et entretiens autour des r\u00e9centes relectures de Shakespeare, qui interpellent directement les codes esth\u00e9tiques et politiques d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce d\u00e9tour nourrit la r\u00e9ception du <strong>spectacle<\/strong> thononais : on comprend mieux d\u2019o\u00f9 il parle, et vers quoi il tire le regard. Son bourdonnement persistant? L\u2019id\u00e9e que la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame quand elle tombe, trouve toujours un moyen de se relever. C\u2019est peut-\u00eatre cela, le c\u0153ur noir et lucide de la <strong>trag\u00e9die<\/strong>.<\/p>\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Guide_du_spectateur_a_Thonon-les-Bains_vivre_Macbeth_au_plus_pres\"><\/span>Guide du spectateur \u00e0 Thonon-les-Bains : vivre Macbeth au plus pr\u00e8s<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour vivre la soir\u00e9e pleinement, on pr\u00e9pare sa balade. \u00c0 deux pas du lac, le th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina accueille une foule bigarr\u00e9e : spectateurs fid\u00e8les, curieux de passage, lyc\u00e9ens en option th\u00e9\u00e2tre. On arrive un peu en avance, on glisse un \u0153il au programme de la Maison des Arts du L\u00e9man, et l\u2019on rep\u00e8re ce qui, dans la proposition, nous aimantera : l\u2019image, la musique, le jeu. La ville, douce en fin de journ\u00e9e, met d\u00e9j\u00e0 le public dans cet entre-deux o\u00f9 le r\u00eave peut mordre le r\u00e9el. On s\u2019attable, on \u00e9change, on se demande \u00e0 quel moment la faute va commencer \u00e0 parler toute seule.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un conseil pour entrer dans ce <strong>drame<\/strong> sans crisper\u2009: ne cherchez pas \u00e0 tout \u00ab comprendre \u00bb au premier plan. Laissez-vous prendre par le flux des signes. La beaut\u00e9 de ce <strong>spectacle<\/strong> est d\u2019avoir construit une hi\u00e9rarchie lisible : ce qui doit frapper frappe, ce qui doit murmurer murmure. Et si, parfois, un d\u00e9tail vous \u00e9chappe, c\u2019est qu\u2019il reviendra plus tard, comme un \u00e9cho. Le plaisir d\u2019un classique remis \u00e0 neuf, c\u2019est cette reconnaissance d\u00e9cal\u00e9e : on sait, on ne sait plus, on sait autrement.<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vous venez en famille? Les adolescents, souvent fascin\u00e9s par les univers sombres, y trouveront un terrain de jeu pour l\u2019imagination. La violence est trait\u00e9e avec intelligence, sans complaisance visuelle, plus par suggestion que par \u00e9talage. Les adultes, eux, go\u00fbteront le scalpel politique de l\u2019ensemble, cette mani\u00e8re d\u2019op\u00e9rer \u00e0 c\u0153ur ouvert sans sombrer dans le pamphlet. Les conversations d\u2019apr\u00e8s-spectacle, sur le parvis, n\u2019en seront que plus vives\u2009: \u00ab \u00c0 quel moment tout bascule? Qui, du couple, pousse le plus fort? La proph\u00e9tie explique-t-elle tout? \u00bb<\/p>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour que la soir\u00e9e vous attrape de bout en bout, voici un petit itin\u00e9raire sensible, pens\u00e9 comme une partition \u00e0 jouer \u00e0 votre fa\u00e7on.<\/p>\n\n<ol class=\"wp-block-list\"><li><strong>Avant<\/strong> : fl\u00e2nez au bord de l\u2019eau, laissez la lumi\u00e8re du L\u00e9man vous dilater la pupille. Feuilletez une page ou deux de la <strong>pi\u00e8ce de Shakespeare<\/strong> pour respirer son souffle.<\/li><li><strong>Pendant<\/strong> : guettez trois signaux \u2014 un noir inhabituel, une image qui se fissure, un rire qui sonne faux. C\u2019est souvent l\u00e0 que la v\u00e9rit\u00e9 se retourne.<\/li><li><strong>Apr\u00e8s<\/strong> : au lieu de trancher \u00ab j\u2019ai aim\u00e9 \/ j\u2019ai pas aim\u00e9 \u00bb, jouez \u00e0 la boussole : qu\u2019est-ce qui vous attire encore? qu\u2019est-ce qui vous repousse? Vous avez alors fait l\u2019exp\u00e9rience pleine d\u2019une <strong>adaptation contemporaine<\/strong>.<\/li><\/ol>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Envie d\u2019aller plus loin? Les archives de la Maison des Arts du L\u00e9man regorgent de propositions pass\u00e9es, o\u00f9 l\u2019on voit comment le lieu tisse, saison apr\u00e8s saison, un lien entre les auteurs de toujours et les gestes d\u2019aujourd\u2019hui. On y mesure que la r\u00e9ussite d\u2019une programmation tient \u00e0 une alchimie : reconna\u00eetre la force des monuments, mais oser en montrer les failles. C\u2019est ce chemin, rigoureux et joueur, que l\u2019\u00e9quipe d\u2019<strong>\u00c9ric Giraud<\/strong> emprunte ici avec une belle autorit\u00e9.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Petits_reperes_pratiques_et_sensibles\"><\/span>Petits rep\u00e8res pratiques et sensibles<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si vous aimez repartir avec une image en t\u00eate, laissez-la venir : elle n\u2019est pas toujours la plus spectaculaire. Parfois, c\u2019est un simple regard sur une table nue qui restera. Si vous \u00eates d\u2019humeur comparative, souvenez-vous qu\u2019une \u0153uvre existe aussi au pluriel : chaque soir, l\u2019\u00e9quilibre se d\u00e9cale, et c\u2019est tr\u00e8s bien. Pensez \u00e0 garder quelques minutes au calme apr\u00e8s la derni\u00e8re salve d\u2019applaudissements. C\u2019est l\u00e0 que la pi\u00e8ce ach\u00e8ve son travail silencieux. La question n\u2019est pas \u00ab qu\u2019ai-je compris? \u00bb mais \u00ab qu\u2019est-ce qui a boug\u00e9 en moi? \u00bb R\u00e9pondre \u00e0 cela, c\u2019est avoir fait l\u2019exp\u00e9rience compl\u00e8te du <strong>th\u00e9\u00e2tre moderne<\/strong> \u00e0 <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>.<\/p>\n\n<script type=\"application\/ld+json\">\n{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@type\":\"FAQPage\",\"mainEntity\":[{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"Qui met en scu00e8ne Macbeth u00e0 Thonon-les-Bains ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"La repru00e9sentation est portu00e9e par la Compagnie du Graal et mise en scu00e8ne par <strong>u00c9ric Giraud<\/strong>, qui ancre le ru00e9cit de <strong>Macbeth<\/strong> dans une esthu00e9tique ru00e9solument contemporaine, entre images, sons et tension dramatique.\"}},{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"En quoi cette version est-elle une adaptation contemporaine ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Le spectacle transpose la fable dans un univers actuel et sensorielu2009: lumiu00e8re et vidu00e9o structurent lu2019espace, le son sculpte lu2019angoisse, et les codes politiques et mu00e9diatiques u00e9clairent les enjeux de pouvoir. La <strong>mise en scu00e8ne<\/strong> conserve lu2019intensitu00e9 de la <strong>tragu00e9die<\/strong> tout en parlant notre langue visuelle.\"}},{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"Faut-il connau00eetre la piu00e8ce de Shakespeare avant de venir ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Ce nu2019est pas indispensable. La dramaturgie est pensu00e9e pour rester claire, mu00eame sans repu00e8res pru00e9alables. Ceux qui connaissent du00e9ju00e0 la <strong>piu00e8ce de Shakespeare<\/strong> gou00fbteront des u00e9chos nouveauxu2009; les autres du00e9couvriront une histoire haletante servie par un <strong>thu00e9u00e2tre moderne<\/strong>.\"}},{\"@type\":\"Question\",\"name\":\"u00c0 partir de quel u00e2ge peut-on appru00e9cier ce spectacle ?\",\"acceptedAnswer\":{\"@type\":\"Answer\",\"text\":\"Des adolescents peuvent y trouver un grand intu00e9ru00eat, lu2019esthu00e9tique privilu00e9giant la suggestion u00e0 la violence brute. Les adultes appru00e9cieront le sous-texte politique. 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La <strong>mise en sc\u00e8ne<\/strong> conserve l\u2019intensit\u00e9 de la <strong>trag\u00e9die<\/strong> tout en parlant notre langue visuelle.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Faut-il_connaitre_la_piece_de_Shakespeare_avant_de_venir\"><\/span>Faut-il conna\u00eetre la pi\u00e8ce de Shakespeare avant de venir ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Ce n\u2019est pas indispensable. La dramaturgie est pens\u00e9e pour rester claire, m\u00eame sans rep\u00e8res pr\u00e9alables. Ceux qui connaissent d\u00e9j\u00e0 la <strong>pi\u00e8ce de Shakespeare<\/strong> go\u00fbteront des \u00e9chos nouveaux\u2009; les autres d\u00e9couvriront une histoire haletante servie par un <strong>th\u00e9\u00e2tre moderne<\/strong>.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"A_partir_de_quel_age_peut-on_apprecier_ce_spectacle\"><\/span>\u00c0 partir de quel \u00e2ge peut-on appr\u00e9cier ce spectacle ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>Des adolescents peuvent y trouver un grand int\u00e9r\u00eat, l\u2019esth\u00e9tique privil\u00e9giant la suggestion \u00e0 la violence brute. Les adultes appr\u00e9cieront le sous-texte politique. L\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle en fait une exp\u00e9rience forte, \u00e0 partager et \u00e0 discuter.<\/p>\n<h3><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Ou_se_deroule_la_representation_a_Thonon-les-Bains\"><\/span>O\u00f9 se d\u00e9roule la repr\u00e9sentation \u00e0 Thonon-les-Bains ?<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h3>\n<p>La cr\u00e9ation a lieu au th\u00e9\u00e2tre Maurice-Novarina, au c\u0153ur de <strong>Thonon-les-Bains<\/strong>, dans le cadre de la programmation de la Maison des Arts du L\u00e9man, r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9gionale pour les formes sc\u00e9niques exigeantes et accessibles.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Thonon-les-Bains, la rumeur a d\u2019abord travers\u00e9 les rives du L\u00e9man comme une onde vive : la Compagnie du Graal revient aux sources pour mieux &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":881,"comment_status":"","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"","_members_access_role":[],"_members_access_error":""},"categories":[3],"tags":[1228,1226,1227,48,1225],"class_list":["post-882","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-theatre-contemporain-classique-pieces","tag-adaptation-moderne","tag-eric-giraud","tag-macbeth","tag-theatre-contemporain","tag-thonon-les-bains"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/882","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=882"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/882\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/881"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=882"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=882"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aleadespossibles.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=882"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}