4 juin 2026

La compagnie La Baze revisite de manière audacieuse le mythe du Roi Lear

la compagnie la baze propose une réinterprétation audacieuse et contemporaine du mythe intemporel du roi lear, mêlant tradition et modernité pour une expérience théâtrale saisissante.

La scène française se dote d’une nouvelle tempête shakespearienne: La Baze ose une revisite aussi sensible qu’audacieuse du mythe du Roi Lear. Depuis ses ancrages en Corrèze — fondée en 2009, installée à Uzerche depuis 2020 — la compagnie pousse plus loin son laboratoire de théâtre mêlant texte, musique et radio-création. Le résultat? Une adaptation qui assume la tragédie et en déplie les zones de lumière, sans fard, ni nostalgie.

Dans ce chantier vivant, un atelier intergénérationnel à Chamboulive, des passerelles avec des radios locales, et une écriture de plateau qui traite la tempête de Lear comme une crise climatique intime. On y entend les voix des filles du roi comme des harmoniques, on y voit la cartographie d’un royaume se dessiner au sol, et l’on accueille le drame comme un miroir lucide de 2026. Les références s’entrechoquent — de Geoffrey de Monmouth à Ionesco — et la créativité artisanale de La Baze fait vibrer les contradictions de l’époque. Ici, chaque geste est un choix politique, chaque silence une houle. Le théâtre redevient ce qu’il sait être de mieux: un lieu de risques partagés.

La Baze association revisite le Roi Lear : une adaptation audacieuse du mythe sur scène

Comment raconter aujourd’hui le mythe du Roi Lear sans l’embaumer? La Baze choisit la piste du présent, celle d’un royaume intérieur fracturé par la fatigue des systèmes et l’usure des récits d’autorité. La célèbre scène du partage du royaume n’est plus seulement politique, elle devient chorégraphie de lignes blanches tirées au gaffer sur le plateau, que les comédien·nes franchissent, effacent et réinventent.

Fondée en 2009 et désormais installée à Uzerche, La Baze a pris le temps de bâtir un geste patient. Depuis 2020, l’équipe a transformé son tiers-lieu en fabrique d’adaptation, de dramaturgie et de mise en onde. Les ateliers menés avec des artistes venu·es de France et d’Italie irriguent le plateau d’accents multiples, comme si Lear se parlait à lui-même en plusieurs langues.

En 2026, la compagnie assume une question simple et tranchante: que reste-t-il d’un père quand le pouvoir se retire? La réponse ne se crispe pas sur la seule tragédie, elle l’ouvre. On entend le souffle des micros d’ambiance, on voit la poussière se lever au ralenti, on perçoit la fragilité constitutive de toute parole d’amour.

Le pari dramaturgique: du drame à la chambre d’échos

Cette adaptation ne gomme pas le drame, elle le diffracte. Les filles ne sont pas « modernisées » pour cocher une case; elles deviennent des contrepoints rythmiques, trois manières d’éprouver la vérité. Cordélia répond par l’économie des mots, Goneril par la virtuosité rhétorique, Regan par l’intensité du sous-texte. Le public traverse des couloirs d’écoute, presque comme dans une fiction radio en direct.

À la faveur d’une résidence, la compagnie a redonné du poids au hors-champ. On voit peu, on entend beaucoup, et c’est tout l’enjeu: l’œil croit, l’oreille sait. Un comédien raconte que la scène de la lande a gagné en épaisseur le jour où un orage réel a grondé sur Chamboulive pendant la répétition; depuis, les percussions basses dialoguent avec un enregistrement du tonnerre pris sur place.

Pour situer cette démarche dans le paysage, il suffit de regarder ce qui s’invente ailleurs: des scènes complices à Courcelles réfléchissent, elles aussi, le contemporain de Shakespeare. À ce titre, l’article consacré au théâtre contemporain à Courcelles éclaire de belles convergences de méthodes et de désirs esthétiques.

Autre point d’appui: la filiation avec un théâtre du dépouillement, où l’objet devient signifiant. On retrouve ici la leçon des avant-gardes revisitées; et l’on pense forcément aux répertoires qui, par l’absurde, ont redonné sens à la scène. À lire par exemple pour prolonger: un focus sur La Cantatrice chauve d’Ionesco, autre exercice radical d’épure.

  • Ingrédient n°1: une musique jouée à vue, conçue comme une quatrième fille de Lear.
  • Ingrédient n°2: une cartographie vivante du royaume dessinée et effacée en temps réel.
  • Ingrédient n°3: un travail choral sur la respiration, pour incarner le vent et la perte.
  • Ingrédient n°4: des micros qui « cadrent » l’intime, sans naturalisme.

Au bout du compte, La Baze compose un Lear qui respire, qui trébuche, qui se relève; un Lear de plateau, donc, où la vérité s’attrape par éclats.

Du mythe celtique à la tragédie moderne: comment La Baze réinvente Roi Lear

Le matériau source a la densité d’une légende: Geoffrey de Monmouth raconte Leir, roi mythique de Bretagne; Holinshed en tisse une chronique; puis viennent les scènes du théâtre élisabéthain, jusqu’à Shakespeare qui fixe la tragédie en destin collectif. La Baze ne se contente pas de « jouer » un classique, elle remonte la sève du mythe pour en faire circuler la sève dans nos artères contemporaines.

Pourquoi ce retour aux origines? Parce que le drame de Lear est aussi une question de récit: qui dit la vérité quand les mots sont des monnaies d’échange? La compagnie s’empare de cette ambiguïté par une écriture sonore qui fait vaciller la confiance, comme une station de radio qui grésille au moment crucial. C’est une dramaturgie de l’oreille, rare et précieuse.

Le pont entre l’ancien et le nouveau se construit sans pédagogie lourde. Un comédien entame une adresse au public pour raconter une version celtique de l’épisode; simultanément, une comédienne s’empare d’un casque audio et rejoue la scène en playback différé. Les deux strates se frictionnent et produisent une étincelle intelligible: nous sommes à la fois dans l’« avant » et dans le « maintenant ».

Mythe, progrès et responsabilité scénique

Adapter, c’est aussi répondre du présent. La Baze travaille avec ce fil: jusqu’où peut-on « moderniser » sans dénaturer? La question traverse aujourd’hui l’art, la science, l’espace public. En marge du plateau, une lecture sur progrès et responsabilité ouvre des correspondances fécondes, comme dans cet essai à propos de programmes ambitieux et de leurs garde-fous: programme, progrès et responsabilité. Le théâtre n’est pas l’espace; il partage pourtant un devoir de boussole.

Cette boussole se matérialise par des choix sobres: peu de décors, une lumière qui convoque le temps qu’il fait, des costumes modulables. La grandeur tragique n’est plus un ornement, c’est une pression atmosphérique. Le public en ressort avec une sensation de juste mesure: l’émotion est vaste, la forme reste exacte.

La vidéo ci-dessus donne une idée des chemins empruntés par d’autres troupes pour réactiver Lear. On y retrouve le même désir: faire dialoguer le souvenir d’un conte fondateur et l’urgence d’un monde qui change. Le théâtre devient alors un laboratoire d’attention, qui relie les générations.

Figure Tradition Transposition La Baze But dramaturgique
Lear Roi vieillissant, dépossession Homme public sans micro, voix nue Faire entendre la fragilité du pouvoir
Cordélia Fille silencieuse, intégrité Voix off rare, musique en écho Donner au silence une force active
La tempête Chaos extérieur Orage sonore joué à vue Rendre visible la météo intérieure
Le royaume Territoire à partager Cartes tracées et effacées en direct Questionner la propriété et l’héritage

En s’adossant au patrimoine pour mieux le repenser, la compagnie signe une relecture où la fidélité n’est pas mimétique mais organique, vivante, respirante.

Ateliers, musique et radio: dans les coulisses de la créativité de La Baze

La Baze ne crée pas seule dans sa tour; elle ouvre les portes. Son workshop théâtre / musique intergénérationnel à Chamboulive, jadis programmé début juillet de 14h à 18h, a façonné une boîte à outils commune. Des artistes venu·es de France et d’Italie ont guidé la troupe et les participant·es, rappelant que l’adaptation se tisse au contact des autres.

Ces ateliers ont engendré une signature sonore. Avec BramFm, des capsules-radio ont exploré la matière du drame par l’oreille: souffle, froissements, cloches lointaines, mais aussi silences construits. C’est là qu’est née l’idée d’une Cordélia « ligne claire », comme si on écoutait un dessin au lieu de le voir.

La restitution publique, accueillie à la Cité de l’Accordéon, a offert une première cartographie sensible. Des spectateur·rices ont témoigné de cette sensation rare: « avoir appris à regarder avec ses oreilles ». On ne sort pas indemne d’une telle expérience; on repart équipé·e pour entendre autrement.

Du laboratoire à la scène: trajectoires et transmissions

La circulation entre laboratoire et plateau est continue. Un exercice de souffle né en atelier devient motif récurrent de la tempête. Une improvisation rythmique sur une table trouve sa place dans la scène du bannissement. Ce recyclage créatif est assumé: tout geste utile revient dans la pièce, transfiguré.

Les liens tissés avec d’autres scènes alimentent ce mouvement. À Saint-Georges, des pratiques voisines s’expérimentent au fil de projets qui entretiennent la curiosité: on pourra s’en inspirer via cette porte d’entrée sur un écosystème complice, un théâtre vivant à Saint‑Georges. Ailleurs, le Théâtre Pasteur à Nilvange propose un terrain fertile pour confronter les écritures et partager les outils: aperçu ici, les scènes de Nilvange.

La Baze a par ailleurs cultivé une fête annuelle où les formes en cours côtoient des concerts et des radios live. Cette porosité plaît aux publics. Dans un monde où tout va vite, le temps long des ateliers fait figure de luxe; il permet d’attraper l’inattendu, et de garder la joie au centre de la pratique.

Voir des ateliers en action rappelle que le plateau n’est pas un sanctuaire, mais une salle de sport sensible. On y désapprend des automatismes, on y regagne du jeu. Voilà sans doute le secret de cette créativité qui s’entend autant qu’elle se voit.

  1. Écoute: commencer par ce qui se passe dans la salle, pas seulement dans le texte.
  2. Économie: chercher la précision avant l’effet, la cause avant la conséquence.
  3. Transmission: documenter les trouvailles, pour que chaque nouvelle distribution hérite du savoir-faire.

La promesse est claire: un théâtre qui travaille au présent, et qui sait d’où il parle.

Scénographie et dramaturgie: une adaptation audacieuse du drame shakespearien

La scénographie de La Baze parie sur la justesse. Un plateau nu, une table longue, quelques chaises métamorphosées en trônes, bancs ou falaises. Le moindre accessoire a une seconde vie, parfois une troisième; l’économie matérielle se convertit en richesse de signes. La tempête, elle, se joue à vue: peaux tendues, métallophones, ventilateurs, gouttes d’eau captées par micro-contact.

Sur le plan dramaturgique, l’équipe assume la collision des registres. Le rire est convié, mais sans casser la tragédie. Un aparté discret sur les promesses en politique, une torsion légère des flatteries de Goneril, et la salle respire, avant de replonger. Ce dosage évite l’illustration; il fabrique des courants contraires.

La question du regard guide la mise en scène. Où le public pose-t-il les yeux quand Lear déraille? Sur ses gestes? Sur le visage d’une fille? Sur l’ombre projetée d’une couronne faite de fil de fer? La Baze propose des focales changeantes, qui forcent à choisir, donc à se positionner. C’est une éthique du spectateur autant qu’une esthétique.

Échos, marionnettes et tragédies sœurs

Certains soirs, la scène accueille une mini-chorégraphie d’objets: une couronne pendule, une carte qui se déplie d’elle-même, une main gantée qui traverse le cadre. Sans devenir un spectacle d’objets, la pièce flirte avec cet art, comme un clignement vers d’autres traditions. Un détour par les marionnettes taïwanaises rappelle combien la manipulation peut poétiser l’autorité et la perte.

Le dialogue avec d’autres grandes figures tragiques enrichit le parcours. Antigone, par exemple, éclaire la tension entre loi et désir; passerelle passionnante à lire ici: dire ou taire Antigone. Ces rapprochements ne parasitent pas Lear, ils l’ouvrent en éventail, comme un lexique d’épreuves partagées.

Enfin, le son est un personnage qui se voit. Les percussions deviennent arguments, la basse renforce l’obstination, les aigus cisaillent la flatterie. Une scène « muette » fait d’ailleurs le plus de bruit: on n’entend que les pas, lourds, de Lear quittant la table. Le silence, bien posé, reste la musique la plus dangereuse.

  • Lumière: contrastes doux, pas d’éblouissement, du temps pour voir.
  • Costume: superposition et dé-superposition, signes d’ascension et de chute.
  • Espace: proximité avec le public, quatrième mur poreux.

La leçon qui demeure: quand l’espace est juste, la parole peut risquer davantage; quand la forme est précise, la matière brûle sans fumer.

Réseaux, tournées et dialogues: La Baze dans l’écosystème du théâtre en 2026

Une création solide ne voyage pas seule. La Baze tisse des convergences avec des scènes complices, des radios, des centres culturels. Ce maillage soutient la vie longue du spectacle, des pré-premières aux reprises. Les spectateurs circulent, les idées aussi; c’est une géographie de confiance.

Pour les curieux qui souhaitent élargir la carte, des soirées hybrides dessinent d’autres façons de partager l’émotion. À Castres, un événement a récemment mélangé parole, musique et immersion, résonnant avec la méthode de La Baze; un court détour ici, une soirée immersive à Castres, montre comment des formats cousins se fertilisent.

La compagnie s’autorise également des pas de côté historiques. Revenir à Ionesco, non pour copier, mais pour comprendre ce que l’épure radicale a appris à la scène: nous l’évoquions plus haut avec La Cantatrice chauve, matrice précieuse d’un théâtre de l’essentiel. De telles diagonales rendent Lear plus vif: elles le désenclavent.

Dans le même esprit, des tournées singulières dans de petites communes — à l’image d’initiatives indépendantes que l’on découvre sur une tournée en milieu rural — rappellent que le théâtre palpite autant dans les capitales que dans les villages. La Baze l’a compris: l’itinérance fait partie de l’écriture.

Publics, médias et outils numériques

Les répétitions ouvertes, les podcasts, les captations partielles nourrissent un dialogue continu. Une chaîne vidéo explore les coulisses: extraits de la tempête, pastilles sur le travail du souffle, portrait d’une musicienne devenue « Cordélia sonore ». Les réseaux ne remplacent pas la salle; ils préparent l’écoute.

Pour suivre ces chemins, le plus simple reste d’ouvrir l’oreille et le navigateur. La compagnie partage des jalons, et des partenaires médiatiques relaieront les étapes clés. À noter: des infos pratiques circulent aussi via l’application de la structure — télécharger notre application sur les stores habituels permet de recevoir les alertes de tournée et d’ateliers.

Enfin, la créativité ne s’arrête pas au salut final. Des bords de plateau invitent le public à rejouer une scène avec un micro et une table d’objets; c’est souvent là que les enfants brillent, inventant des orages miniatures. Le cycle se boucle: on voit comment naît une forme, et pourquoi elle tient.

Ce réseau de dialogues, de scènes sœurs et d’outils partagés garantit à Lear une vie pleinement contemporaine: pas une relique, une expérience à refaire, à chaque rencontre.

En quoi la version de La Baze du Roi Lear est-elle audacieuse ?

La Baze déplace le centre de gravité du mythe vers l’écoute : tempête jouée à vue, voix travaillées comme des matières, scénographie minimale et musicale. L’audace tient à une fidélité organique au drame, sans costume muséal : chaque choix scénique répond à une nécessité d’aujourd’hui.

Quel rôle joue la musique dans cette adaptation ?

La musique est un personnage. Elle prolonge Cordélia, fissure les flatteries, cartographie la tempête. Jouée à vue, elle articule l’émotion et rythme le basculement du pouvoir.

Cette revisite convient-elle à un public non spécialiste de Shakespeare ?

Oui. La mise en scène cherche la clarté des enjeux et l’adresse directe. Les références restent lisibles et l’écoute est guidée par une dramaturgie sonore accessible, sans renoncer à la complexité.

Comment suivre les ateliers et les tournées de La Baze ?

Les informations circulent via les réseaux de la compagnie, les annonces des partenaires et l’application de la structure. Des restitutions publiques et des répétitions ouvertes sont régulièrement proposées.