4 juin 2026

Angela Davis – Figure Insoumise 3 : Un voyage théâtral contemporain au cœur de Besançon

Angela Davis – Figure Insoumise 3 convoque une mémoire brûlante et la propulse sur scène avec la fulgurance du présent. À Besançon, ce voyage théâtral d’une intensité rare entremêle récits, chansons et lumière pour revisiter la figure d’Angela Davis au cœur d’un tribunal californien en 1972. La pièce, courte et percutante, transforme la salle en arène civique : le public devient témoin, presque juré, face à une histoire qui ne cesse de dialoguer avec notre époque. On n’assiste pas à une reconstitution figée, mais à une histoire vivante, dont les échos résonnent avec les luttes actuelles pour les droits civiques, le féminisme et la lutte sociale.

35 minutes, un seul corps, une voix multiple, et une lumière qui découpe le temps comme un scalpel : la proposition du Collectif Les Boiteux’d’Prod s’adresse à tous dès 13 ans, et séduit autant les passionnés de théâtre contemporain que les curieux. Interprétée par Xenia Sartori, mise en scène par Alexandre Picard, la pièce adapte le roman d’Elsa Solal (Actes Sud Junior) avec tact et nerf. Les partenaires locaux – de l’Auditorium de Lure aux établissements scolaires bisontins – ont épaulé une création qui prend un relief particulier dans la cité comtoise. À l’horizon d’un mois de mars foisonnant en spectacles, cette “Figure insoumise” impose sa voix : elle rappelle que les combats d’hier nourrissent l’énergie d’aujourd’hui, et que le théâtre peut encore faire battre le cœur d’une ville.

Angela Davis – Figure Insoumise 3 : le procès de San Jose revisité sur scène

Scène d’ouverture : San Jose, Californie, 1972. Une salle d’audience sous tension, des chefs d’inculpation comme des couperets – meurtre, enlèvement, conspiration – et, en face, une jeune femme dont chaque mot devient une lame de vérité. La réussite de Figure insoumise 3 tient dans cette condensation de l’Histoire en un présent scénique qui cogne. Pas d’effets grandiloquents, juste une comédienne, Xenia Sartori, au centre d’un cercle de regards. Elle ne rejoue pas Angela Davis ; elle la raconte, l’invoque, l’ausculte. Ce n’est pas imitation, c’est incarnation : l’accent est mis sur la pensée, la morale, la ténacité qui transperce les sables mouvants d’un procès politique.

La mise en scène d’Alexandre Picard trouve sa force dans la retenue. Chaque déplacement sur le plateau traduit une convocation de souvenirs : l’enfance à Birmingham, le racisme quotidien, l’étau qui se referme et, face à lui, le refus obstiné de céder à la peur. Les créations lumière de Caroline Nguyen et son de Jules Lotscher fonctionnent comme une dramaturgie parallèle. Un faisceau isole une phrase, un écho sonore creuse une faille, un silence allonge un vertige. Lorsque la voix s’élève pour tenir tête à l’appareil judiciaire, tout l’espace semble vaciller. C’est là que la pièce prend sa dimension politique : elle montre le procès comme un théâtre réel, où se jouent des destins et des idées.

Le format court – 35 minutes – impose une écriture nerveuse. Chaque scène frappe par sa densité, puis glisse aussitôt vers la suivante. Grâce à la composition et oreille extérieure d’Olivier Raffin, des fragments chantés viennent parfois déminer l’émotion trop compacte, ouvrir une respiration, réorienter l’écoute. Le texte, adapté du roman d’Elsa Solal “Angela Davis : non à l’oppression” (Actes Sud Junior, coll. Ceux qui ont dit non), garde ce mélange de pédagogie claire et de charges poétiques qui rendent la pensée accessible sans la simplifier. On comprend vite pourquoi l’œuvre s’adresse “à partir de 13 ans” : elle n’infantilise jamais, elle accompagne.

Cette relecture s’enracine enfin dans une actualité qui ne cesse de tendre ses miroirs. Par les temps qui courent, peut-on vraiment dire que ce procès appartient au passé ? En alignant des faits, en retrouvant des voix, en exposant les contradictions de la justice, Figure insoumise 3 se fait expérience civique. On sort de la salle avec un frisson et une question obstinée : qu’aurions-nous fait, qu’allons-nous faire, maintenant ? Voilà le cœur battant de ce voyage théâtral à Besançon : nous rappeler que le théâtre ne répare pas le monde, mais qu’il nous remet en mouvement.

Un seule-en-scène tendu comme un fil

Dans l’économie d’éléments, chaque geste compte. Une chaise devient banc des témoins, une valise redevient dossier de pièces à conviction, un cube lumineux évoque la lumière crue des néons judiciaires. Ce minimalisme n’est pas une coquetterie, c’est une éthique : aller à l’os, toucher aux nerfs. Angela Davis surgit comme une boussole, et le plateau comme carte des turbulences sociales. Au bout du fil, il y a la salle, soudain plus attentive qu’un jury, plus inquiète qu’un procureur, plus déterminée qu’une foule.

Voyage théâtral au cœur de Besançon : un théâtre contemporain qui respire la ville

Besançon, ville-atelier, accueille la pièce comme on ouvre une fenêtre un soir d’orage. Les briques, les quais, la rumeur douce du Doubs : tout semble convoquer cette énergie de circulation entre passé et présent. On y vient pour le spectacle, mais on y reste pour la conversation qui suit, sur le trottoir, dans le hall, parfois au café d’en face. Le théâtre contemporain y a ses fidèles, ses curieux, ses passeurs. Ici, une professeure d’histoire emmène sa classe ; là, un groupe d’amis compare les versions de la “légende Davis” avec ce qu’ils viennent d’entendre, déconstruisant au passage quelques idées reçues.

Le terreau local n’est pas un décor, c’est un moteur. Le Réseau du spectacle vivant en Bourgogne Franche-Comté a favorisé des circulations, tandis que l’Auditorium de Lure et l’Espace Culturel Les Forges de Fraisans ont contribué à ce partage du geste artistique. On croise, les soirs de représentation, des élèves du Lycée Louis Pasteur de Besançon (section DNMADE régie son et lumière), qui confrontent leurs futurs métiers aux options de la création. L’Agence française de développement et la Région Bourgogne Franche-Comté ont, avec la DRAC, impulsé un soutien précieux, signe tangible que l’art et l’engagement politique ne sont pas des rivaux mais des complices.

Et Besançon, dans tout cela, devient laboratoire. Le public s’y compose d’adolescents, d’anciens militants, de voisins curieux ; on entend à l’entracte des références croisées, des comparaisons avec d’autres propositions vues dans le Grand Est. D’ailleurs, pour les lecteurs friands de scènes percutantes, il n’est pas inutile de jeter un œil à des itinéraires proches, comme ces explorations de théâtre contemporain, ou ces rencontres qui bousculent les habitudes. Ces liens ne diluent pas l’expérience bisontine : ils l’augmentent en dessinant une cartographie vivante des plateaux qui pensent le monde à voix haute.

Un soir de semaine, sur la place encore humide, une spectatrice raconte comment la voix d’Angela Davis l’a traversée. Elle songe à la manifestation du lendemain, à une lecture dans sa médiathèque, et à cette phrase qui reste : “Nous ne sommes pas libres tant que toutes et tous ne le sont pas.” Le spectacle, ici, n’est pas une parenthèse ; c’est un prolongement de la ville, un miroir où elle s’observe et se projette.

  • résonne la pièce : lieux partenaires autour de Besançon, de Lure à Fraisans.
  • Qui la porte : le Collectif Les Boiteux’d’Prod et une équipe technique locale engagée.
  • Pourquoi ici : une tradition d’histoire vivante et d’accueil des formes brèves et incisives.
  • Pour qui : tout public dès 13 ans, avec une attention forte aux parcours scolaires.

Besançon n’est pas un décor neutre ; c’est un partenaire à part entière. C’est là que la parole se recharge, et que la ville devient caisse de résonance.

Chronique d’une soirée bisontine

Avant la représentation, les rires sont feutrés, les chuchotis glissent entre les rangs. Puis la lumière chute, un battement, et tout devient précis. Après, dehors, les commentaires affluent : une étudiante en sciences politiques évoque les parallèles avec d’autres procès médiatisés ; un retraité se souvient d’avoir suivi le cas Davis dans la presse d’époque. On se sépare plus tard qu’on ne pensait, avec l’impression d’avoir partagé plus qu’un spectacle : une mise à l’épreuve de nos repères communs.

Engagement politique et droits civiques : l’héritage d’Angela Davis en 35 minutes

Comment circonscrire l’engagement politique d’Angela Davis en un souffle scénique ? En resserrant l’objectif sur la mécanique d’oppression et les gestes de résistance, répond la pièce. La dramaturgie pointe l’architecture des injustices – judiciaires, médiatiques, sociales – et la manière dont une voix s’y fraie un passage. On y croise la mémoire des mouvements des droits civiques, des alliances féministes, des convergences anticarcérales. Le texte assume une perspective intersectionnelle sans pédagogisme : il fait sentir que les luttes ne s’additionnent pas, elles se tissent.

La partition scénique alterne témoignage et adresse directe. Une phrase coupe le souffle : “Ils ont voulu faire de moi un symbole négatif ; j’ai choisi d’être un symbole vivant de la liberté.” Cette ligne n’est pas brandie comme un slogan ; elle surgit du récit, comme une nécessité. Le plateau devient alors une salle d’étude en trois dimensions où l’on éprouve que les intuitions d’hier éclairent nos impasses d’aujourd’hui. L’histoire vivante, ici, n’est pas une métaphore littéraire : elle respire, elle argumente, elle contredit, elle avance.

La force de la pièce vient aussi de son matériau source : l’adaptation d’Elsa Solal (Actes Sud Junior). L’écriture claire, nerveuse, ménage ses ellipses pour laisser place à la présence. C’est ce qui rend l’œuvre si précieuse pour les publics adolescents : elle dit vrai sans s’enfler, et donne les outils pour poursuivre la réflexion ailleurs – à la maison, en classe, sur d’autres scènes. On pourra prolonger avec d’autres propositions exigeantes ; par exemple, la relation entre science et société au prisme de Pasteur, croisée dans cette page sur un spectacle inspiré par Pasteur, rappelle que le théâtre aime penser avec précision, pas seulement avec passion.

Pour rendre cette alchimie lisible, un rapide tour d’horizon de l’équipe s’impose :

Fonction Nom Contribution
Interprétation Xenia Sartori Un seule-en-scène incisif, entre récit et adresse
Mise en scène Alexandre Picard Épure et tension dramatique, rythme millimétré
Composition / oreille extérieure Olivier Raffin Trames sonores, ponctuations chantées, respiration
Création lumière Caroline Nguyen Éclairages sculptants, dramaturgie visuelle
Création son Jules Lotscher Paysages auditifs, silences construits
Costumes Florence Bruchon Signes sobres, ancrage temporel subtil
Administration / production Pauline Marquès Genez Coordination, regard extérieur, réseau de partenaires

Cette armature artistique trouve un appui solide auprès de la DRAC Bourgogne Franche-Comté, de la Région et de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage, en partenariat avec l’Agence française de développement et les Éditions Actes Sud Junior. Autant de garde-fous pour un théâtre qui assume son geste : mettre en jeu l’Histoire pour mieux nourrir notre présent.

Feuilleter des images d’archives du procès, c’est mesurer le chemin parcouru et l’endurance requise. Le plateau, lui, fabrique une autre archive : celle des émotions contemporaines, ce qui change tout. Entre le réel filmé et le réel incarné, le public fabrique ses propres conclusions, sans parole d’ordre.

Voilà pourquoi ces 35 minutes sont une onde longue : elles repartent avec vous, et produisent un surcroît d’attention dans le monde.

Mise en scène, musique et lumière : l’atelier sensible des Boiteux’d’Prod

Ce qui frappe, c’est la précision artisanale de l’ensemble. La création lumière n’illustre pas : elle articule. Un contre-jour rappelle l’ombre d’un commissariat ; un faisceau rasant isole une phrase qui brûle ; une pénombre matinale fait surgir les rues de Birmingham. La création son convoque bruine de radios lointaines, froissements de papiers judiciaires, échos de couloirs. La composition d’Olivier Raffin agence des motifs qui réapparaissent comme des souvenirs dont on n’arrive pas à se défaire. On passe de la chronique au poème sans perdre le fil.

La scénographie minimale autorise des glissements rapides. Une mallette claque, le rythme cardiaque du spectacle s’accélère ; un manteau posé sur un dossier de chaise évoque un témoin absent ; une chanson, brève, installe une mémoire collective. C’est un théâtre de signes, où chaque signe compte. Le défi d’un format resserré, loin de brider la créativité, l’oblige à inventer des solutions justes – ce qui donne à cette “petite forme” la densité d’un long métrage condensé.

Pour les amateurs d’arpentages scéniques, un détour par d’autres créations peut nourrir la curiosité : traverser l’Histoire par d’autres portes, comme dans la mise en scène évoquée ici autour d’Adieu Monsieur Haffmann, permet d’observer comment chaque équipe traite l’intime et le politique. Ce réseau de spectacles trace une ligne claire : le plateau ne moralise pas, il problématise, il met à l’épreuve, il interroge. Et il ne laisse pas indifférent.

Au cœur de l’atelier, on trouve un principe : l’adresse directe sans brutalité. Il y a des moments où la comédienne semble nous demander : “Qu’entendez-vous ? Qu’allez-vous en faire ?” Cette confiance dans la capacité du public à penser par lui-même est peut-être la plus belle leçon de la soirée. Ni dramaturgie surplombante, ni effets faciles : une attention à l’intelligence de la salle, et un pacte de responsabilité partagée.

  • Rigueur du texte, sans surcharge didactique.
  • Économie des moyens, au service de la justesse.
  • Temporalité maîtrisée, 35 minutes taillées comme une lame fine.
  • Écoute des spectateurs, sollicités comme partenaires de pensée.

Observer d’autres dispositifs de monologue éclaire d’un jour nouveau la partition de Figure Insoumise 3. Ce n’est pas une formule, c’est un équilibre précaire maintenu par l’attention de tous : équipe, salle, ville. Quand ça tient, tout tient.

Parler aux ados et aux adultes en 2026 : pédagogie, transmission et histoire vivante

Le spectacle affiche “dès 13 ans”, et ce n’est pas un hasard. Il balise un chemin d’accès exigeant mais clair pour des publics en construction. Les partenariats tissés avec le Collège Gustave Eiffel de Fraisans, le Collège Voltaire et le Lycée Louis Pasteur de Besançon montrent qu’on peut conjuguer ambition artistique et hospitalité pédagogique. Avant la représentation, certains professeurs proposent une carte des mots-clés : “droits civiques”, “lutte sociale”, “féminisme”, “procès”, “médias”. Après, les mêmes mots sont repris, questionnés, déplacés. C’est le signe qu’une transmission a eu lieu.

La courte durée – 35 minutes – facilite l’inscription dans un emploi du temps serré, sans sacrifier la densité des idées. Les élèves, comme les adultes, retiennent souvent des images : le faisceau qui se rétrécit quand l’étau médiatique se resserre ; la voix qui se brise puis repart ; la conviction que la parole n’est pas qu’un outil de défense, mais un instrument de transformation. D’aucuns amènent ensuite leurs proches, tissant un bouche-à-oreille fécond qui transforme l’essai scénique en conversation de quartier.

Pour prolonger cet élan, on peut imaginer des ateliers d’argumentation, des lectures croisées, ou une traversée d’autres œuvres qui jouent elles aussi avec la mémoire et le présent. Les amateurs de fables mordantes sur nos temps présents pourront, par exemple, découvrir cet autre détour scénique avec Peau d’homme à Mamirolle, preuve que nos régions abritent des scènes qui osent, déplacent, réinventent. L’idée n’est pas d’empiler des titres, mais d’ouvrir des passerelles : la curiosité est un muscle, elle se travaille.

  • Avant la représentation : situer le contexte (États-Unis, 1972), repérer les enjeux du procès.
  • Pendant : écouter, noter une phrase, une image, une émotion, pour en discuter ensuite.
  • Après : relier à l’actualité, identifier les continuités et les ruptures, formuler une prise de position.

Ce triptyque simple sert autant les classes que les spectateurs individuels. Il aide à transformer la réception en appropriation, et l’émotion en pensée partagée. Car oui, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : faire de la salle un atelier de citoyenneté poétique, où chaque spectateur repart avec une question qui le travaille. Si la mémoire d’Angela Davis fait encore battre les cœurs, c’est qu’elle nous désigne, sans relâche, la place exacte où poser nos pas.

Quelle est la durée et à qui s’adresse le spectacle ?

Figure insoumise 3 dure environ 35 minutes et s’adresse à tous dès 13 ans. Le format court permet une forte intensité sans perdre en clarté, idéal pour les classes et le grand public.

Que raconte précisément la pièce ?

La scène reproduit la tension du procès d’Angela Davis à San Jose en 1972. À travers un seule-en-scène, on traverse l’enfance à Birmingham, le racisme quotidien, les accusations et la stratégie de résistance.

Qui signe l’adaptation et la mise en scène ?

Le texte est adapté du roman d’Elsa Solal (Actes Sud Junior) et la mise en scène est signée Alexandre Picard. Xenia Sartori interprète la pièce, avec des créations son et lumière de Jules Lotscher et Caroline Nguyen.

Pourquoi voir ce spectacle à Besançon ?

Parce qu’il s’inscrit dans un écosystème vivant : partenaires culturels, établissements scolaires et public curieux. La ville devient complice d’un voyage théâtral où l’histoire vivante rencontre les enjeux actuels.

La pièce aborde-t-elle le féminisme et la lutte sociale ?

Oui, les thèmes d’engagement politique, de droits civiques, de féminisme et de lutte sociale sont au cœur de la dramaturgie, montrés comme des trames qui se tissent plutôt que des cases à cocher.