Au tournant des fêtes, un frisson parcourt le boulevard de Strasbourg. Le Théâtre Libre allume ses projecteurs sur Classique ?, première création scénique de Victoria Dauberville, mise en scène par Paul Pascot. Entre pointes affûtées et soubresauts de danse moderne, la pièce s’amuse à tordre le cou aux évidences pour offrir un ballet contemporain qui parle autant aux passionnés d’art scénique qu’aux curieux du spectacle vivant. On y suit une ballerine qui s’échappe de sa boîte à musique — une image limpide des carcans académiques — et file, légère mais déterminée, vers une fusion des styles nourrie de hip-hop, de modern jazz et d’inspirations imprévues. La question n’est pas « qu’est-ce qui est classique ? » mais « jusqu’où peut-on le faire danser autrement ? ».
Révélée au grand public à l’occasion des Jeux de Paris, Dauberville impose ici une signature qui allie chorégraphie innovante et narration malicieusement théâtrale. Sur scène, un collectif de danseurs venus de grandes maisons — dont des talents passés par l’Opéra de Paris — se lance dans une performance artistique où chaque geste a un double fond, chaque pirouette une réplique. Invité spécial, Mathieu Forget insuffle son art des illusions gravitationnelles, ajoutant une dose de vertige. Programmé du 17 décembre au 4 janvier, Classique ? se glisse dans la saison comme une carte postale envoyée d’un futur du ballet : plus libre, plus complice, plus joueur. Et si ce classique revisité devenait notre tradition préférée de fin d’année ?
Sommaire
Classique revisité au Théâtre Libre : un récit de liberté en ballet contemporain
Le point de départ est une image puissante : une ballerine qui s’évade de sa boîte à musique. Cette métaphore, portée par Victoria Dauberville, traduit l’envie de sortir des lignes tracées par l’académisme pour inventer un chemin plus personnel. Au Théâtre Libre (934 places), ce « ballet-bifurcation » fait converser les codes hérités avec des pulsations actuelles. Le résultat ? Une odyssée scénique où un pas de bourrée peut côtoyer un bounce, et où un fouetté se délie dans une ondulation contemporaine. La mise en scène de Paul Pascot orchestre ce ping-pong esthétique avec un sens du rythme très théâtral, ménageant respirations, apartés humoristiques et élans collectifs qui emportent les spectateurs.
La proposition est née de la trajectoire médiatique de la chorégraphe, dont les créations filmées sur les réseaux ont attiré un large public, notamment après son exposition lors des Jeux de Paris. Sur scène, elle en prolonge la narration : l’écran s’efface, le corps reste, plus incarné, plus risqué, plus joyeux. Le dispositif demeure accessible, sans jargon : le public épris de virtuosité y trouve des lignes impeccables, tandis que les néophytes goûtent à une histoire claire, pleine de respirations comiques et de gestes-dialogues.
La distribution réunit des artistes aux parcours variés (Athina Klironomou, Rémi-Hugo Buyens, Grégoire Lansier, Louise Dieye, Jessy Chraibi, Emelyne Woodley), dont les passages par l’Opéra de Paris et des compagnies européennes enrichissent la palette. L’invitation à Mathieu Forget, funambule du visuel et photographe chorégraphique, apporte un grain d’apesanteur : les corps semblent parfois défier la gravité, comme pour rappeler qu’on ne s’échappe pas seulement d’une boîte — on s’évade aussi des lois du possible.
Pourquoi cette histoire touche juste
On rit, on s’émeut, on se reconnaît. La quête de cette ballerine n’est pas qu’un manifeste pour danseurs : c’est un miroir tendu à toute personne qui cherche à « faire à sa manière ». Les transitions ludiques, l’adresse au public et l’énergie de troupe créent une proximité soulignée par une scénographie qui privilégie l’espace et la respiration plutôt que les décors massifs.
- Un récit initiatique clair, lisible à tous les âges.
- Des styles métissés qui dynamitent la routine du ballet « pur ».
- Un humour discret qui réoxygène la rigueur du geste.
- Un collectif affirmé où chacun impose sa couleur.
- Une écoute du public, rare et sensible, qui rend la soirée complice.
Pour les spectateurs qui aiment faire dialoguer les répertoires, quelques pistes à explorer en parallèle : un détour par des programmations de spectacles danse-théâtre, un regard sur des pièces marquantes de la rentrée ou l’émergence d’initiatives d’immersion théâtrale qui misent, elles aussi, sur la relation directe au public.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Œuvre | Classique ? — ballet contemporain et classique revisité |
| Chorégraphie | Victoria Dauberville |
| Mise en scène | Paul Pascot |
| Lieu | Théâtre Libre, boulevard de Strasbourg (salle de 934 places) |
| Période | Du 17 décembre au 4 janvier |
| Signature | Fusion des styles, humour, récit de liberté |
Au fond, cette première section est une promesse : on vient pour le contraste, on reste pour la cohérence émotionnelle.
Chorégraphie innovante : quand la danse moderne dialogue avec l’académique
Au cœur de Classique ?, il y a une langue hybride. Dauberville ne « remplace » pas le classique : elle le met en friction. Un pas codifié devient l’amorce d’un dérapage contrôlé, un port de bras se détend pour accueillir un accent hip-hop, un alignement parfait se craquelle en rires syncopés. Cette porosité crée des bascules de perception : on croit reconnaître un extrait de répertoire, puis la séquence se dévie, comme si la musique de la boîte venait d’échapper un ressort.
La dramaturgie du mouvement s’appuie sur une idée simple : chaque règle devient matière à jeu. C’est une conversion des contraintes en liberté. L’aisance technique des interprètes — plusieurs passés par des institutions prestigieuses, proches parfois de la figure du danseur étoile — permet ces virages sans casse. L’écriture s’affirme en « tableaux » : autant de stations où la ballerine explore de nouveaux territoires, rencontre des complices, invente des manières d’exister sur scène.
De la boîte à musique aux grands jetés : une grammaire réinventée
Le dialogue entre les styles se lit dans des motifs récurrents qui signent la pièce. Ils agissent comme des repères pour le spectateur et des tremplins pour l’improvisation cadrée.
- Motifs de fuite : diagonales rapides, glissades, spirales qui simulent l’échappée.
- Motifs de contrainte : mains « en cadrage », axe figé, cercle fermé rappelant la boîte.
- Motifs de libération : torsions, suspensions, ruptures de rythme, accents au sol.
- Motifs d’alliance : portés fluides, respirations communes, canons polyrythmiques.
La présence de Mathieu Forget est un plus scénique : ses jeux avec la gravité animent les perspectives, comme si la scène se renversait. Au-delà de l’effet spectaculaire, l’intention est claire : raconter la conquête d’un espace nouveau. C’est précisément ce qui distingue la pièce d’un collage — ici, la fusion des styles fait sens.
| Aspect | Classique (héritage) | Contemporain (dérive) |
|---|---|---|
| Posture | Élévation, axe stable, lignes pures | Mobilité, centre mouvant, diagonales obliques |
| Rythme | Mesure régulière, phrasés codifiés | Syncopes, silences, accents imprévus |
| Rapport au sol | Pieds pointés, appuis allégés | Appuis lourds, glissés, rebonds |
| Intention | Idéal, noble simplicité | Personnalité, narration intime |
| Relation | Pas de deux, hiérarchie lisible | Chœur mouvant, horizontalité |
Pour élargir le regard, on peut croiser cette démarche avec d’autres terrains de création, du théâtre contemporain en région aux temps forts pluridisciplinaires qui décloisonnent les pratiques. La logique reste la même : faire circuler les langages.
Cette section déplie une évidence : on ne juxtapose pas, on compose — et c’est là que naît la surprise durable.
Le Théâtre Libre, écrin du spectacle vivant qui bouscule les codes
Implanté boulevard de Strasbourg, le Théâtre Libre propose deux espaces complémentaires : une grande salle d’environ 934 places et la Scène Libre (environ 154 places). Cette géographie scénique influe sur la réception de Classique ? : l’ampleur de la grande salle sert la dimension chorale et les trajectoires fulgurantes, tandis que l’intimité de l’autre espace accueille d’autres formats, permettant à la programmation d’explorer plusieurs intensités d’écoute. La pièce de Dauberville profite d’une scénographie respirante, concentrée sur le jeu de corps, de lumière et d’espace — un triptyque qui favorise l’adresse directe au public.
Au-delà des murs, le lieu s’inscrit dans une cartographie parisienne friande de propositions hybrides. Cette saison, la curiosité du public pour les expériences qui mêlent danse et théâtre s’est confirmée. On retrouve cet élan dans les recommandations de spectacles de septembre comme dans les sélections de grands événements parisiens à venir. Le Théâtre Libre joue sa partition : accueillir une œuvre qui assume la transversalité, et la rendre lisible sans l’aseptiser.
Un cadre scénique qui met l’interprète au centre
La scénographie ici n’est pas un décor encombrant : elle cadre l’air, elle coupe et relie, elle offre des vides pour que les corps écrivent. Des lignes de lumière, des trouées sombres, un plateau flexible — le reste est affaire de danseurs. C’est le choix le plus cohérent pour une œuvre qui parle d’émancipation : supprimer les murs invisibles.
- Lisibilité : des repères visuels nets, une lecture claire des trajectoires.
- Souplesse : un plateau mobile qui autorise le changement de rythme.
- Proximité : adresses directes, regards croisés, micro-silences partagés.
- Économie : l’essentiel du sens porté par le corps, sans surcharge.
| Équipement | Atout pour la pièce | Effet spectateur |
|---|---|---|
| Grande salle (934) | Amplitude pour les ensembles | Sensation de souffle collectif |
| Lumière modulable | Découpage des tableaux | Lecture claire des bascules |
| Acoustique précise | Nuances musicales et silences | Intimité dans l’ampleur |
| Plateau dégagé | Liberté de circulation | Engagement kinesthésique |
Pour les curieux qui aiment voyager d’une scène à l’autre, jeter un œil aux récits festifs joués ailleurs peut offrir un contrepoint narratif intéressant. On y retrouve parfois le même goût pour la déviation ludique. Ici, le Théâtre Libre confirme une ligne éditoriale : donner à voir des œuvres qui savent parler à plusieurs publics sans perdre leur singularité.
Conclusion provisoire : un lieu pensé comme un amplificateur de présence — parfait pour une danse qui veut respirer grand.
Interprètes en mouvement : le casting au cœur de la performance artistique
On ne « raconte » pas une émancipation sans corps engagés. Les interprètes de Classique ? forment un chœur polymorphe : chacun arrive avec une histoire technique, des réflexes esthétiques, un terrain de jeu favori. Ensemble, ils composent une image bigarrée mais claire. Ce n’est pas une « égalisation » des profils : c’est une écoute mutuelle qui transforme les différences en ressource. L’ombre portée de la tradition — celle des écoles nationales, parfois de la figure du danseur étoile — est convoquée pour mieux être redessinée.
La force de la distribution tient aussi à son rapport à l’humour. Un clin d’œil ici, une micro-glisse là, la conscience que le public est témoin de l’expérience : ces gestes-complices sont autant de fenêtres ouvertes dans l’exigence. L’invité Mathieu Forget, reconnu pour ses photographies et performances jouant avec la gravité, apporte une dramaturgie visuelle supplémentaire. Il ne s’agit pas d’un « numéro » plaqué, mais d’un prolongement de la question centrale : comment reprendre l’espace, en altérer la gravité symbolique comme physique ?
Trajectoires singulières, langage commun
Le collectif ne gomme pas les individus : il les aiguise. Chacun dépose un accent dans la phrase globale. Résultat : une écriture chorale qui n’efface pas les signatures.
- Athina Klironomou : précision des lignes, sens des ports de bras, ironie subtile.
- Rémi-Hugo Buyens : appuis ciselés, musicalité organique, sauts élastiques.
- Grégoire Lansier : aisance théâtrale, jeu d’adresse, ruptures nettes.
- Louise Dieye : souplesse fluide, spirales, écoute collective.
- Jessy Chraibi : textures urbaines, ancrage, syncope précise.
- Emelyne Woodley : verticalité lumineuse, déliés, clarté de récit.
| Interprète | Atout scénique | Couleur stylistique |
|---|---|---|
| Athina Klironomou | Port de bras signature | Classique affûté |
| Rémi-Hugo Buyens | Énergie bondissante | Neo-classique |
| Grégoire Lansier | Jeu de regard | Théâtral urbain |
| Louise Dieye | Fluidité spiralée | Contemporain organique |
| Jessy Chraibi | Accent rythmique | Hip-hop fin |
| Emelyne Woodley | Lignes claires | Classique moderne |
Ce travail de troupe s’inscrit dans une tendance forte du moment : décloisonner les parcours, faire circuler les influences. À l’échelle nationale, des projets comme Sœurs au Théâtre de Boucheporn ou des propositions mêlant humour et performance témoignent de cette porosité fertile. La danse s’y nourrit d’autres arts, et le théâtre pioche dans les outils du mouvement.
Ce chapitre tient en un credo : un collectif fort ne gomme pas les singularités — il leur donne le micro.
Rires, émotions et accessibilité : un classique revisité pour aujourd’hui
Ce qui surprend d’abord, c’est l’aisance avec laquelle Classique ? fait place au rire sans sacrifier la finesse. Les décalages de ton, l’auto-dérision, l’adresse directe au public deviennent des vecteurs d’accueil. En salle, on reconnaît des regards de spectateurs peu habitués au ballet : ils suivent l’histoire, rient aux mêmes signaux que les initiés, et repartent avec une image réinventée de cette forme. C’est l’une des vertus de cette proposition : rendre l’exigence poreuse, l’ouvrir sans la simplifier.
Cette accessibilité tient à plusieurs faits. D’abord, le récit est net : la ballerine s’affranchit, rencontre, bifurque. Ensuite, la chorégraphie innovante fait naître des « points d’entrée » multiples : virtuosité, humour, dramaturgie, musique. Enfin, le dispositif scénique laisse respirer le plateau, ce qui invite à la contemplation autant qu’au partage. C’est une raison de plus pour inscrire cette soirée dans un parcours culturel plus large, oscillant entre danse et théâtre — à l’image des sélections de spectacles danse-théâtre en automne.
Pour qui, pourquoi, comment
Le spectateur idéal n’existe pas : il y a des chemins d’accès différents, et c’est tant mieux. La pièce en propose plusieurs, complémentaires.
- Amateurs de technique : précision, lignes, portés, défis d’équilibre.
- Curieux de narration : un conte initiatique limpide et sensible.
- Fans de métissages : une fusion des styles assumée.
- Public familial : humour et clarté, sans perdre la profondeur.
- Explorateurs urbains : clins d’œil hip-hop, ancrage rythmique.
| Entrée | Ce que vous y trouverez | Exemple dans la pièce |
|---|---|---|
| Technique | Virtuosité lisible | Fouettés qui pivotent vers une rupture contemporaine |
| Humour | Décalage sans moquerie | Clins d’œil à la boîte à musique détraquée |
| Narration | Arc clair | Rencontres successives, alliances et bifurcations |
| Visuel | Jeux d’apesanteur | Interventions de Mathieu Forget |
En guise de pistes complémentaires, on peut explorer des calendriers transversaux comme ces temps forts en région, pour mesurer à quel point l’art scénique aime désormais croiser ses outils. Chez Dauberville, le croisement n’est pas un slogan : c’est une méthode. L’important n’est pas de surplomber les genres, mais de les mettre en conversation.
Mots de la fin de cette section : l’accessibilité est une esthétique — et ici, elle danse.
Où et quand voir Classique ? de Victoria Dauberville
Au Théâtre Libre, boulevard de Strasbourg à Paris, du 17 décembre au 4 janvier. La grande salle (934 places) accueille cette création qui mêle classique et contemporain.
À qui s’adresse ce ballet contemporain
Aux amateurs de ballet, aux curieux de danse moderne, aux publics familiaux et à celles et ceux qui aiment le spectacle vivant accessible, ludique et exigeant à la fois.
Qu’est-ce qui rend la chorégraphie innovante
La fusion des styles : technique classique, accents hip-hop, narration théâtrale, humour et travail de groupe. Chaque règle devient terrain de jeu, sans renoncer à la précision.
Qui compose la distribution
Un collectif de danseurs formés dans de grandes écoles et compagnies européennes (Athina Klironomou, Rémi-Hugo Buyens, Grégoire Lansier, Louise Dieye, Jessy Chraibi, Emelyne Woodley) et le guest Mathieu Forget.
Où prolonger l’expérience théâtre et danse
Parcourez des programmations mêlant arts et scènes, comme ces pièces et événements repérés : spectacles de septembre, sélections de la rentrée, scènes contemporaines en région et grands rendez-vous à Paris en 2026.
