4 juin 2026

Chair Fantôme : Janice Szczypawka et Cie Kruk explorent le théâtre contemporain à Strasbourg

À Strasbourg, une question simple frappe aux portes et réveille des héritages entiers : « de quoi hérite-t-on ? ». Avec Chair Fantôme, la Cie Kruk menée par Janice Szczypawka transforme cette interrogation en une création théâtrale vibrante où se croisent familles de la région, philosophes, scientifiques et voisin·e·s curieux. Porté par un souffle de théâtre contemporain, le projet étreint l’intime et le collectif, mêlant expression corporelle, voix brutes, archives et récits migratoires pour faire surgir la part d’invisible qui habite nos mémoires. La scène devient le lieu d’un spectacle vivant à la fois sensible et documentaire, une performance artistique qui écoute, transcrit et réinvente.

Au fil d’un cycle de prises de parole et d’atelier-scènes, Chair Fantôme assemble des témoignages enregistrés sur le terrain dans l’Alsace d’aujourd’hui, tout en tendant des passerelles vers d’autres écritures fécondes des arts de la scène. La Pokop, salle de spectacle Paul Collomp à Strasbourg, accueille cette aventure au long cours, accessible aux personnes à mobilité réduite et ouverte à la curiosité publique. À l’horizon des répétitions, l’équipe pose une promesse : faire entendre ce qui se transmet sans bruit, ce qui nous colle à la peau, ce que la langue dit et ce que le corps traduit. Ici, l’héritage n’est pas un mot figé, mais un théâtre de forces qui se confrontent, se cajolent et parfois se dérobent.

Chair Fantôme à Strasbourg : une création théâtrale sur l’héritage et la mémoire

Chair Fantôme s’ouvre sur une question que Janice Szczypawka aime porter au seuil des maisons : « de quoi hérite-t-on ? ». Le geste est direct, presque ludique, mais la réponse appelle une foule d’images. On hérite d’accents, de silences, de recettes griffonnées, de blessures tenaces, d’une langue qu’on apprivoise, et parfois d’un fantôme qui n’a pas dit son dernier mot. À Strasbourg, la Cie Kruk tisse ces matériaux dans une création théâtrale qui refuse les frontières nettes entre enquête et fiction. L’équipe collecte des récits dans la région Grand-Est, les met à l’épreuve de la scène, et fabrique un récit polyphonique où l’intime devient partageable.

Co-écrit par Janice Szczypawka et Constance de Saint Remy, le spectacle explore l’héritage à travers plusieurs prismes : famille, immigration, mémoire, langage et « fantômes » au sens poétique. On y entend des voix de philosophes, de scientifiques et d’habitant·e·s invités sur scène comme à un colloque vivant. Mais ici, pas de pupitre figé : la pensée se déplie à hauteur d’humain. L’expression corporelle y répond, le plateau réplique en images, le son fait remonter une vieille cantilène oubliée, et l’ensemble respire comme une enquête en mouvement.

Dans le paysage français des arts de la scène, Chair Fantôme dialogue avec des démarches qui interrogent notre temps. Les expérimentations de compagnies qui revisitent la relation au réel – à l’image des recherches listées autour de les expérimentations de Julien Gosselin – témoignent d’un appétit renouvelé pour la frontière poreuse entre documentaire et fiction. On retrouve cet appétit dans l’attention portée à chaque détail du quotidien : le mot mal prononcé qui trahit une histoire, la photo qui tremble, la date qui manque à un carnet.

Le dispositif dramaturgique multiplie les points de vue. Les expertes et experts invités ne viennent pas « valider » un propos, mais allument des contre-feux : un biologiste questionne l’hérédité du geste, une sociolinguiste déplie l’accent comme archive, une habitante raconte un départ, un retour, puis ce qu’on ne dit pas au repas dominical. La scène prend des allures de table de cuisine où tout le monde parle en même temps, et c’est précisément là que naît la musique.

Enquête de terrain et voix collectives

L’enquête, amorcée en porte-à-porte, installe une écoute active. On enregistre des récits, on récolte des objets, on propose des exercices de mémoire, puis la scène métabolise ces matières. Le plateau est un lieu de traduction : de la vie vers la forme. À cette étape, le « fantôme » n’est pas une figure effrayante, mais un révélateur sensible de ce qui colle à la peau. L’écriture scénique, souple, accueille l’imprévu, et c’est ainsi que Chair Fantôme devient un petit laboratoire de vérité.

  • Héritage affectif : transmissions familiales, gestes du quotidien, objets fétiches.
  • Héritage linguistique : accents, expressions régionales, langues maternelles et leurs frictions.
  • Héritage migratoire : récits de départs, de bifurcations et de retours.
  • Héritage scientifique : regard critique sur la généalogie, la mémoire et le corps.

Langage, silences et images scéniques

La parole circule, fait place aux silences, puis une image scénique surgit : un manteau vide posé sur une chaise, une chorégraphie de mains, un projecteur qui palpite. L’expression corporelle devient ici grammaire à part entière. Elle incarne ce qui ne se dit pas, ou pas encore. On comprend pourquoi le mot « fantôme » colle si bien au projet : il désigne l’ombre des transmissions, les choses que nous portons sans toujours les connaître.

Thématique Dispositif scénique Effet sur le public
Famille et filiation Témoignages montés en polyphonie Empathie, miroir intime
Immigration Cartographie sonore et gestes de marche Déplacement sensible
Langage Accents, micro-lapses, surtitrage Écoute fine des nuances
Mémoire Archives projetées et objets-reliques Réactivation du souvenir

En somme, Chair Fantôme offre un chœur d’indices pour retrouver notre propre héritage. Une certitude demeure : la mémoire n’est jamais seule, elle se partage, elle s’invente, et son invention nous relie.

Janice Szczypawka, Cie Kruk et la scène Grand-Est : pratiques et influences

Implantée dans le Grand-Est, la Cie Kruk fabrique des spectacles qui naissent de rencontres. Janice Szczypawka, metteuse en scène, comédienne, autrice et plasticienne, cultive une méthode où l’on enquête d’abord, on écrit ensuite, et l’on confronte très vite l’écriture au plateau. Cette couture patiente donne à Chair Fantôme une texture singulière : chaque séquence respire comme un chapitre autonome, tout en s’emboîtant dans une partition d’ensemble.

La compagnie s’autorise des croisements fertiles. Une conversation avec une voisine peut rencontrer un fragment philosophique, puis se dissoudre en geste chorégraphique. Ce zigzag joyeux entre parole et mouvement, théâtre et arts plastiques, technique et intuition, compose un langage scénique hybride, résolument théâtre contemporain. En contrepoint, le répertoire national propose mille pistes : on peut, par exemple, mesurer les correspondances avec un festival de théâtre contemporain à Silly-sur-Nied ou découvrir d’autres manières de convoquer le réel lors de une soirée théâtrale à Saint-Avold.

Matériaux et gestes : l’atelier vivant

Dans l’atelier de la Cie, les comédien·ne·s manipulent mots, images, sons. On essaie une table comme caisse de résonance, on invente une marche commune, on détourne un micro en stéthoscope de mémoire. L’expression corporelle n’est jamais décorative : elle répond à une question précise (comment nos corps gardent-ils trace d’un ancêtre, d’un voyage, d’un secret de famille ?). Le son prolonge le geste, la lumière en souligne l’arête. Tout se tient.

  • Collecte : enregistrements, carnets, objets du quotidien.
  • Traduction : montage textuel, partitures de mouvements.
  • Partage : présentations publiques, retours des spectateur·rice·s.
  • Affinage : dramaturgie, scénographie, musique.

Équipe et rôle des complices

Chair Fantôme s’appuie sur une constellation de complices. Certaines et certains viennent de la recherche universitaire, d’autres du voisinage. Toutes et tous participent à cette performance artistique qui brouille la frontière entre « expert » et « témoin ». C’est une manière de revaloriser le quotidien comme source de savoir. Ailleurs en France, cette attention au proche irrigue aussi un projet à Metz ou une pièce jouée à Guénange, témoignant d’un réseau vivant du spectacle vivant.

Poste Mission artistique Contribution à Chair Fantôme
Mise en scène Agencer parole, corps, images Signature de la partition globale
Dramaturgie Architecture du récit Circulation des voix et des thèmes
Interprétation Jeu, geste, écoute Incarnation des parcours collectés
Création sonore et lumière Paysage sensoriel Émergence des « fantômes » sensibles

La force de la compagnie tient dans cette capacité à écouter longuement, puis à transformer l’écoute en forme scénique organique. Une alchimie rare, patiente et généreuse.

Ce travail dialogique avec le territoire et ses habitant·e·s explique pourquoi Chair Fantôme résonne au-delà du simple récit familial. Il questionne ce que la scène peut faire à nos transmissions, et ce que nos transmissions font à la scène.

Publics, territoires et participation : les invité·e·s de Chair Fantôme

Chair Fantôme se nourrit d’un cycle de rencontres où philosophes, scientifiques et habitant·e·s prennent la parole. Loin d’un format universitaire, ces interventions sont pensées comme des « respirations » dans la représentation. On pourrait dire que la pièce installe un double rythme : d’un côté, la pulsation sensible de la scène ; de l’autre, les éclairages qui ouvrent des fenêtres théoriques ou mémorielles. La salle devient alors une agora où chacun et chacune peut déposer un fragment de son histoire.

Ce modèle invite à dé-hiérarchiser les savoirs. Une habitante raconte un héritage de recettes transmis par l’odeur plus que par l’écriture ; une chercheuse en sciences sociales discute la fabrique des mythologies familiales ; un psychiatre esquisse la transmission des traumas. La juxtaposition ne produit pas la confusion, mais une mosaïque de sens, d’autant plus lisible qu’elle est accompagnée par le jeu et par une scénographie claire. Dans ce cadre, des projets voisins nourrissent la conversation nationale, comme la scène de Saint-Gengoux ou un parcours à Villeurbanne.

Rencontrer le public là où il est

La Cie Kruk privilégie des formats hospitaliers. Avant ou après une étape, on laisse le public poser des questions, écrire une carte postale à ses ancêtres, ou déposer un objet dont il se sent l’héritier. La salle de Strasbourg – La Pokop – facilite cette hospitalité grâce à son accessibilité aux personnes à mobilité réduite et à une équipe attentive. La réservation étant ouverte jusqu’au 21 novembre 2025, les spectateur·rice·s peuvent planifier leur venue sereinement, y compris en groupe.

  • Accessibilité : accueil PMR, circulation fluide.
  • Transmission : dispositifs de médiation pour classes et associations.
  • Échanges : bords de scène et boîtes à souvenirs.
  • Documentation : supports imprimés ou audio pour prolonger l’expérience.

Cartographie des voix invitées

Les invité·e·s ne sont pas des figurant·e·s. Leurs interventions modifient réellement la perception de la scène. Une philosophe peut questionner la « dette » liée à l’héritage ; une ingénieure en génétique rappelle que la transmission biologique est une histoire de probabilités ; un voisin évoque l’entre-deux de la langue d’enfance. Cette diversité de points de vue encourage le public à réévaluer ses propres évidences.

Profil invité Question soulevée Effet scénique
Philosophe Héritage et responsabilité Relance le débat, nuance le propos
Scientifique Transmission biologique et sociale Déplace les clichés, ouvre la pensée
Habitant·e Récit vécu et mémoire de quartier Renforce l’empathie et le réel
Artiste invité·e Dialogue de formes Élargit la palette sensible

Cette façon de « peupler » la scène inspire d’autres initiatives sur le territoire, du côté de Montrevel aux chemins de Lyon. L’enjeu n’est pas la mode, mais la profondeur : rappeler que le spectacle vivant est un art de conversation, au cœur des villes et des villages.

Langages scéniques, expression corporelle et technologies dans le spectacle vivant

Chair Fantôme déploie une grammaire scénique qui colle à son sujet : mouvante, poreuse, sensible. Le son, la lumière, l’image et l’expression corporelle s’y répondent comme des instruments d’un même orchestre. Quand une archive familiale apparaît, la lumière se fait plus basse ; quand une marche migratoire est évoquée, les corps tracent des lignes, des diagonales, parfois des cercles. À l’oreille, on distingue l’accent d’une grand-mère, l’écho d’une radio ancienne, le souffle d’un témoin ému. Tout participe à la sensation d’un théâtre contemporain qui assume ses outils.

La technologie n’écrase jamais l’humain. Les projections servent à créer des « doubles » discrets, comme si la scène invitait les fantômes à s’asseoir parmi nous. Le son travaille à petite échelle, presque à l’oreille, pour ne pas saturer l’écoute. Les micros captent l’infime : un rire coincé, un mot avalé. Cette attention au détail nourrit la perception et incite le public à devenir, lui aussi, enquêteur de sa propre mémoire.

Le corps comme archive sensible

Dans Chair Fantôme, le corps est un coffre-fort. Il garde le geste d’un métier, la posture d’une époque, la danse d’une fête de village. Ce « répertoire » s’active au plateau par des partitions simples, lisibles et engageantes. Nul besoin d’être spécialiste pour ressentir ce qui se transmet d’une génération à l’autre. C’est là que la pièce rejoint une vision plus large du spectacle vivant : celle d’un art qui conserve autant qu’il invente.

  • Geste hérité : une poignée de main, un pli de vêtement, une démarche.
  • Geste transformé : variations, accélérations, détours chorégraphiques.
  • Geste partagé : moment d’atelier avec le public, transmission en direct.

Images, sons et proximités

Le dispositif scénique s’amuse à créer des proximités : un projecteur descend au ras du sol, une caméra frôle le visage, un haut-parleur chuchote depuis la coulisse. On pourrait croire à un musée, mais c’est tout l’inverse : les images et les sons ne « sacralisent » rien, ils rendent la matière plus familière. Le spectateur, piqué de curiosité, s’approche. Bonne nouvelle : c’est souvent là que naît l’émotion vraie.

Outil scénique Usage dans Chair Fantôme Impact
Projection vidéo Archives, mots-clés, cartographies Spatialise la mémoire
Création sonore Voix collectées, ambiances, souffles Intimité et présence
Lumière Zones d’ombre, halo sur un objet Écriture des « fantômes »
Micro-plateau Jeu à vue, proximité avec le public Implication directe

En domptant ces langages, Chair Fantôme montre une voie : faire que la scène reste un lieu d’hospitalité pour nos traces, nos secrets, nos transmissions fragiles. La technologie y est au service du vivant, et c’est pour cela qu’elle nous touche.

Venir à La Pokop et explorer le théâtre contemporain en France

Au cœur de Strasbourg, La Pokop – salle de spectacle Paul Collomp – accueille Chair Fantôme en étape de travail. La réservation est ouverte jusqu’au 21 novembre 2025 (inclus), et l’accès est adapté aux personnes à mobilité réduite. Le numéro d’accueil, 03.88.15.54.04, permet d’obtenir des précisions, notamment pour les groupes, les structures éducatives ou les associations. L’équipe encourage un public large : spectateur·rice·s fidèles, curieux de passage, voisin·e·s poussé·e·s par la rumeur d’un « fantôme » bienveillant.

Pour prolonger l’expérience, rien n’empêche de tracer une petite carte du théâtre contemporain en France. Plusieurs scènes, collectifs et initiatives tissent un réseau dynamique qui converse avec l’esprit de Chair Fantôme. On peut s’attarder sur des rendez-vous à Silly-sur-Nied, filer vers une soirée à Saint-Avold, ou encore croiser la vitalité de Saint-Gengoux. Cette circulation nourrit la curiosité et réactive l’envie de comparer les formes, les voix, les manières de faire scène.

Conseils de visite et prolongements

Pour mieux goûter la proposition, l’idéal est d’arriver un peu en avance. On repère la salle, on jette un œil aux documents de médiation, on se laisse le temps d’entrer dans l’écoute. Après la représentation, rester pour un échange peut transformer l’expérience : poser une question, partager un souvenir, c’est déjà participer à cette performance artistique. Enfin, garder trace – une note, une photo d’un objet du décor, une phrase – prolonge le fil des transmissions. À la manière d’une constellation, chaque point s’éclaire grâce aux autres.

  • Avant : arriver en avance, consulter les supports de médiation.
  • Pendant : écouter, noter, se laisser surprendre.
  • Après : échanger, déposer un témoignage, partager une impression.
  • Autour : explorer d’autres scènes comme Metz ou Lyon.
Infos pratiques Détail
Lieu La Pokop, salle de spectacle Paul Collomp – Strasbourg
Réservations Ouvertes jusqu’au 21 novembre 2025 (inclus)
Accessibilité Accès adapté aux personnes à mobilité réduite
Contact 03.88.15.54.04

La ville, le lieu, l’équipe et le public partagent ici une même curiosité : comprendre ce que la scène peut faire à nos héritages. Et si l’on repart avec un fantôme en plus, ce sera sans doute un fantôme aimable : celui du sens retrouvé.

Quel est le cœur de la démarche de Chair Fantôme ?

La pièce interroge l’héritage sous toutes ses formes — familial, linguistique, migratoire, mémoriel — en hybridant enquête de terrain, parole d’invité·e·s et expression corporelle, pour composer un récit scénique sensible et polyphonique.

Où et comment assister au spectacle à Strasbourg ?

Chair Fantôme est présenté à La Pokop, salle de spectacle Paul Collomp. Les réservations sont ouvertes jusqu’au 21 novembre 2025 et l’accès est adapté aux personnes à mobilité réduite. Pour les groupes, un appel au 03.88.15.54.04 permet de préciser l’accueil.

Qui porte la création scénique ?

Le projet est co-écrit par Janice Szczypawka et Constance de Saint Remy. La Cie Kruk orchestre la mise en scène, la dramaturgie, la création sonore et la relation au public, en lien avec des invité·e·s (philosophes, scientifiques, habitant·e·s).

Quel public est concerné par Chair Fantôme ?

Toute personne curieuse des arts vivants et des récits intimes : spectateur·rice·s fidèles, jeunes publics accompagnés, structures sociales ou éducatives, et quiconque souhaite réfléchir à ce que nous recevons et transmettons.

Comment prolonger l’expérience au-delà de Strasbourg ?

Explorer d’autres rendez-vous du théâtre contemporain en France, par exemple à Silly-sur-Nied, Saint-Avold, Saint-Gengoux, Metz ou Lyon, permet de comparer les démarches et d’élargir sa cartographie sensible des scènes actuelles.