4 mai 2026

Thonon-les-Bains : Éric Giraud transpose Macbeth dans une époque contemporaine

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À Thonon-les-Bains, la rumeur a d’abord traversé les rives du Léman comme une onde vive : la Compagnie du Graal revient aux sources pour mieux les dérouter. Sous l’impulsion d’Éric Giraud, le célèbre drame de Shakespeare se faufile dans notre présent saturé d’images, avec une adaptation contemporaine qui réveille les ombres et questionne nos certitudes de spectateurs. On croyait connaître Macbeth et ses couteaux nocturnes ; voici que le texte se frotte aux LED, aux écrans, aux pulsations électroniques, et qu’une mise en scène vive éclaire l’obsession du pouvoir d’un jour nouveau. Les répétitions, menées à vive allure au théâtre Maurice-Novarina, ont dessiné une trajectoire nette : rendre lisibles les dilemmes d’hier à travers les fractures d’aujourd’hui, sans perdre la puissance brute de la tragédie.

Concrètement, ce spectacle n’empile pas des clins d’œil « modernes » pour faire joli ; il creuse l’os de la pièce de Shakespeare et tend le micro à nos angoisses contemporaines. Les sorcières? Elles prennent les voix d’une époque qui prédit tout, calcule tout, surveille tout. Le château? Un espace modulable où l’intime déraille sous les projecteurs. La bataille? Un capharnaüm rythmé par la technologie et les corps, sans renier l’odeur du fer et la morsure des remords. Le pari d’Éric Giraud est clair : faire palpiter les contradictions d’un monde « futur, lointain (ou proche?) » en gardant l’énergie frontale du théâtre moderne. Et si la maxime de la pièce — « rien n’est, tout devient » — se vivait, ici et maintenant, au rythme d’un plateau qui respire avec son public ?

Réflexions sur l’appropriation de la pièce écossaise à Thonon-les-Bains par Éric Giraud

Pourquoi ce retour à Shakespeare dans la ville thermale? Parce que la troupe a, depuis ses débuts, un fil rouge tissé avec les classiques. La première aventure, en 1994, portait déjà l’empreinte du Barde avec un Songe qui parfumait les saisons. Entre-temps, une dizaine d’œuvres ont été affrontées, amadouées, parfois secouées. Cette continuité donne de l’élan : travailler un canon, c’est accepter l’étreinte d’un « hypotexte » qui attire et inquiète. Avec Macbeth, le magnétisme est total : la violente ascension d’un général, attisée par une épouse d’acier, refuse la tiédeur. À Thonon-les-Bains, Éric Giraud s’empare de ce cœur incandescent pour le porter au front du présent.

L’intérêt n’est pas d’illustrer docilement un monument littéraire, mais d’en rajeunir les aspérités. Comment? D’abord en embrassant les ambiguïtés. La tentation du meurtre n’est pas un exotisme médiéval ; elle devient une figure des compromis qui rongent, des ambitions qui graissent les rouages, des décisions qui abîment les nuits. Ensuite en bousculant les hiérarchies visuelles : la parole garde son trône, mais l’image — lumière, vidéo, rythme — parle aussi, en rimes muettes, avec la même autorité. La mise en scène ne substitue pas l’écran au verbe ; elle les met en duo.

Le travail d’appropriation s’appuie sur des précédents inspirants. Des auteurs contemporains, d’Howard Brenton (Thirteenth Night, 1981) à David Greig (Dunsinane, 2010), ont exploré l’après-coup de l’histoire écossaise. Leurs œuvres, contrastées, rappellent qu’on peut entrer dans Shakespeare en contre-plongée : non pour démolir, mais pour dialoguer. À la Maison des Arts du Léman, ce dialogue s’inscrit dans une saison où les arts oscillent entre patrimoine et exploration, preuve que la curiosité du public est vive quand le risque scénique est clair.

On pourrait croire que l’actualisation rend les tragédies plus « faciles ». C’est l’inverse. Quand les sorcières ressemblent à nos algorithmes et que la cour devient un open space d’ego fébriles, l’angle mort disparaît. La faute n’est pas ailleurs, elle est ici. La tragédie ne nous rassure pas en convoquant l’exotisme ; elle nous coince dans notre époque. Macbeth n’a pas besoin d’un trône gothique pour être glaçant ; il suffit d’un badge, d’un poste, d’une notification à 2 h 13.

Reste la question de la fidélité. Que doit-on préserver? Le rythme des scènes capitales, la spirale de la culpabilité, l’élan du couple vers le néant. Éric Giraud garde ces repères comme une boussole. Ce qui change, c’est la distance entre les corps, l’usage des silences, l’intrusion du son. Quand un personnage hésite, c’est tout le plateau qui respire plus court. Quand il ment, la scénographie respire autrement, comme si le décor lui-même se crispait. Le texte ancien, revivifié, impose sa modernité par l’écoute qu’on lui offre.

À la fin, l’appropriation n’est pas une trahison, c’est une conversation courageuse. On entre au théâtre Maurice-Novarina pour rencontrer un mythe, on ressort avec une poignée de questions neuves dans la poche. Est-ce là le vrai sens d’un classique? S’il sait nous parler, c’est qu’il sait changer avec nous. C’est la promesse tenue par cette aventure de théâtre moderne à Thonon-les-Bains, qui replace la pièce de Shakespeare là où elle respire le mieux : au contact du monde.

Attirance et résistance face à l’hypotexte canonique

Les artistes n’embrassent pas Shakespeare comme on embrasse un totem, mais comme on affronte un partenaire indomptable. L’attirance vient de la précision des caractères, la résistance naît de la peur de répéter. La solution? Inventer une grammaire scénique qui ne fane pas les vers, mais les met à la diète de l’essentiel. Une voix, un geste, un noir bien placé valent parfois dix ornements. Cette sobriété nerveuse, revendiquée par l’équipe, donne du nerf à l’ensemble. On reconnaît alors la signature d’Éric Giraud : un goût du resserrement, allié à des images qui frappent sans noyer.

Au bout du compte, l’appropriation réussit quand le public se reconnaît dans la contradiction fondamentale du héros : tuer pour devenir roi, et se perdre en devenant quelqu’un. La balance morale penche, se redresse, puis cède. C’est là, dans ce frémissement, que l’on sait que le texte est vivant.

Macbeth au théâtre Maurice-Novarina : une mise en scène entre présent et futur

Sur le plateau, l’espace glisse comme une plaque tectonique. Un mur devient écran, un écran devient voile, un voile devient menace. La lumière, nerveuse, compose une cartographie des vertiges : zones de chaleur pour les tentations, halos glacés pour les remords. La vidéo ne raconte pas l’action, elle révèle les arrière-plans : un battement de cœur agrandi, un visage qui se fêle, une ville qui s’emmure. Tout concourt à installer un climat « futur, lointain (ou proche?) », où la frontière entre intime et politique se brouille sans cesse.

Les scènes phares gagnent en netteté. Le banquet, par exemple, troque ses chandelles contre une table de réunion électrique où les rires sonnent trop fort. Le spectre ne surgit pas forcément en drap blanc ; il dérange par sa présence « augmentée », comme si la culpabilité s’était branchée à la console. La forêt de Birnam n’a pas besoin de troncs réels ; elle peut naître d’une chorégraphie d’ombres, d’un ballet de silhouettes fluorescentes ou d’une marée de pixels qui progressent comme un front végétal. Tout est question de sensation : on doit ressentir le resserrement, l’étau, la marche inéluctable.

Le son est un complice majeur. Des nappes électroniques s’infiltrent, des pulsations cardiaques imposent leur tempo, des voix traitées brouillent l’augure. Les « sorcières » peuvent être éparpillées — ici un souffle, là une interférence —, comme si l’oracle lui-même s’était disséminé dans la salle. Ce choix fait vibrer une peur bien d’aujourd’hui : et si la prophétie était un flux, un fil jamais coupé? À cette question, la mise en scène répond par une dramaturgie du signal, où la vérité brille et ment à la même seconde.

Pour ancrer tout cela, il faut des acteurs prêts à danser avec l’inconfort. Le couple central avance sans filet, les regards deviennent des aiguilles. La physicalité remplace l’ornement : courir, s’arrêter net, reprendre son souffle, c’est déjà raconter une faute. Chacun mesure l’écart entre ce qu’il dit et ce qu’il est. Une poignée trop ferme, un rire trop bref : les indices de la chute jalonnent le parcours, jusqu’au point de non-retour. Ce théâtre-là écoute la respiration et filme la pensée.

Un habitué de la Maison des Arts du Léman nous confiait à la sortie d’une répétition publique : « J’ai eu la sensation de voir un rêve debout. » Image juste. Le rêve, ici, n’est pas un refuge — il est la matière même du réel quand il se dérègle. La salle, complice, devient juge et témoin, happée par une esthétique qui n’agit jamais pour la forme mais pour la tension. On sort avec l’impression d’avoir traversé une nuit très claire.

Ce qu’il faut guetter pendant la représentation

  • La rythmique des noirs : chaque extinction raconte une décision ou un refoulement.
  • Les contre-chants vidéo : ils ne doublent pas le texte, ils le contredisent parfois.
  • Le travail du chœur (voix, bruit, souffle) : un pouls collectif qui commente sans discourir.
  • La circulation des accessoires : répétition d’un geste, obstination d’un objet, transfert de faute.
  • Les regards du couple : la géographie d’une complicité qui s’effiloche.

Pour prolonger l’expérience et comparer les approches actuelles, quelques ressources vidéo permettent de sentir l’ampleur des inventions scéniques autour de la « pièce écossaise ».

Comparer ne sert pas à sacrer un modèle, mais à mieux calibrer sa propre perception. Ce que fait ce spectacle à Thonon, c’est proposer une grammaire sensible du pouvoir : elle serre, elle ment, elle charme, puis elle mord. Un théâtre de peau, d’image et de nerfs, qui tient la promesse d’une adaptation contemporaine pleinement sensuelle.

Du texte élisabéthain au théâtre moderne : traductions, rythmes et jeu d’acteurs

Adapter la langue, c’est l’étape la plus délicate. Les vers iambiques portent une musique que l’oreille francophone n’entend pas toujours de la même manière. L’équipe opte pour une traduction vive, nerveuse, qui coupe au bon endroit et relance le sens plutôt que d’empiler les beautés décoratives. L’idée : préserver la densité sans retrouver la poussière. On resserre les phrases, mais on garde les secousses. On dompte l’alexandrin quand il s’alourdit, on le libère quand il s’allume. Rien d’iconoclaste, juste une diététique du verbe pour l’amener, sain et joueur, devant le public.

Le travail des comédiens s’en ressent. La diction fuit le solennel compassé ; elle préfère les attaques franches, les suspens respirés, l’accélération quand la panique gagne. Un mot de trop, et la phrase perd sa morsure. Un silence de travers, et la scène s’effondre. On entend ici une direction d’acteurs précise, où les corps parlent autant que les bouches. L’énergie n’est pas dépensée, elle est investie : elle doit faire sens, comme un capital de tension à placer au bon moment.

La scénographie soutient ces choix de langue. Quand la parole se densifie, le décor s’épure. Quand la fable galope, l’image ralentit, pour éviter l’épilepsie narrative. L’escorte sonore, elle, s’autorise des frottements : un bourdonnement à peine perceptible pendant un aveu, un soufflet de basse au seuil d’un meurtre, une coupure sèche au moment d’un mensonge. Tout est architecture, afin que le plateau reste lisible et que l’émotion circule sans embouteillages.

Pour aider le public à lire cette mécanique, on peut cartographier la transposition des motifs de la pièce en dispositifs concrets. Voici un tableau-synthèse qui fera office de boussole, sans déflorer les surprises de la représentation.

Motif shakespearien Transposition scénique Effet sur le public
Ambition qui dévore Lumières ascendantes, cadres qui se resserrent, tempo cardiaque Sentiment d’élévation toxique puis d’étouffement
Le sang et la faute Couleurs froides puis chaudes, traces lumineuses qui ne s’effacent pas Impression de tache morale indélébile
Prophéties équivoques Voix spatialisées, micro-délai, phrases tronquées Doute permanent, paranoïa partagée
Meurtre du roi Silence total, blackout partiel, souffle audible Choc brut, temps suspendu
Forêt de Birnam Corps en mouvement, projections organiques, progression lumineuse Assaut inexorable, menace sourde
Sommeil et visions Vibrations discrètes, images déphasées, ralenti chorégraphique Malaise hypnotique, empathie pour la dérive

Cette charpente n’est pas un carcan. Elle autorise de fines variations soir après soir, selon la manière dont la salle respire avec les comédiens. C’est l’un des plaisirs du théâtre moderne : l’instant invente la règle, le vivant prime l’intention. L’équipe d’Éric Giraud s’en sert comme d’une partition ouverte, où chaque instrument — voix, mouvement, lumière — a son solo, sans jamais oublier l’orchestre.

Le pari rythmique : accélérer sans précipiter, ralentir sans allonger

Le tempo, c’est l’arme invisible d’un drame réussi. Accélérer la montée du pouvoir donne l’euphorie ; ralentir l’après-coup rend le vertige. Le danger? Confondre vitesse et intensité. Ici, l’accélération est une question de densité, pas de décibels. Les scènes-clés respirent comme des pistons : l’une pousse, l’autre comprime. Au total, la représentation avance comme une navette, tissant un tissu dramatique où chaque nœud compte. On se surprend alors à écouter les silences autant que les mots, et à comprendre que la modernité n’est pas un style : c’est une façon de disposer le temps.

Une tragédie politique très actuelle : pouvoir, médias et vertige moral

La force de cette version est d’assumer l’inscription politique du récit. Ce n’est pas une reconstitution historique ; c’est un miroir déformant de nos institutions et de nos écrans. Quand un personnage ment, une salle entière tousse : cela s’entend, cela se voit. Les signaux d’aujourd’hui — éléments de langage, storytelling, images virales — réécrivent en direct la réalité, comme le font les prophéties chez Shakespeare. Le pouvoir n’est plus seulement un sceptre ; c’est un flux qui s’attrape, se perd, se refabrique. La scène devient une chambre d’écho de nos démocraties essoufflées.

On pourrait se souvenir que, dès 2024, la Comédie-Française diffusait sa lecture de la « pièce écossaise » en direct dans des salles de cinéma, preuve que la curiosité grand public pour les classiques réinventés ne faiblit pas. À Thonon-les-Bains, la proposition s’inscrit dans le même élan, mais en misant sur la puissance du présentiel. Le souffle de l’acteur, l’odeur de la salle, la complicité imprévisible du public : tout ce que la caméra ne peut pas voler devient l’argument massue de cette adaptation contemporaine.

Au cœur de cette lecture politique, le couple principal devient un cas clinique de gestion de crise. Communiquer ou avouer? Nier ou détourner? Un texte en bandeau peut tout effacer, croit-on — jusqu’au moment où le regard trahit. L’esthétique scénique n’est pas une lubie technophile ; c’est un laboratoire pour comprendre comment une image lave (ou salit) plus blanc que les mots. De fait, les scènes publiques — banquets, célébrations, annonces — jouent la comédie de la transparence. Et la chambre, la nuit, rappellent qu’on n’éteint pas sa faute avec un communiqué.

Les thématiques économiques s’invitent aussi, en filigrane. Les alliances ressemblent à des fusions, les trahisons à des OPA sauvages, la peur au sein d’un comité de direction quand la ligne rouge flambe. Sans caricature, l’équipe montre comment l’obsession de performance masque des faillites intimes. On sort avec une sensation étrange : ce que l’on a vu n’est pas seulement une montée au trône, c’est une montée en surrégime, puis une panne généralisée. L’onde de choc s’appelle culpabilité.

Pour qui aime les ponts entre les époques, la comparaison avec Dunsinane (Greig) ou Thirteenth Night (Brenton) éclaire bien l’enjeu. Chez eux, l’après-guerre ou la coulisse politique prolongent la fable et ses zones grises. Ici, la compagnie du Graal condense ce hors-champ dans le présent de la représentation, en assumant que notre époque, saturée de récits, sait déjà fabriquer son propre après. Il n’y a pas besoin de lendemain pour sentir que la faute ne meurt pas ; elle s’archive en nous, en trending topic de la mémoire.

Pour élargir encore le spectre des points de vue et nourrir la curiosité, on pourra explorer d’autres captations et entretiens autour des récentes relectures de Shakespeare, qui interpellent directement les codes esthétiques et politiques d’aujourd’hui.

Ce détour nourrit la réception du spectacle thononais : on comprend mieux d’où il parle, et vers quoi il tire le regard. Son bourdonnement persistant? L’idée que la vérité, même quand elle tombe, trouve toujours un moyen de se relever. C’est peut-être cela, le cœur noir et lucide de la tragédie.

Guide du spectateur à Thonon-les-Bains : vivre Macbeth au plus près

Pour vivre la soirée pleinement, on prépare sa balade. À deux pas du lac, le théâtre Maurice-Novarina accueille une foule bigarrée : spectateurs fidèles, curieux de passage, lycéens en option théâtre. On arrive un peu en avance, on glisse un œil au programme de la Maison des Arts du Léman, et l’on repère ce qui, dans la proposition, nous aimantera : l’image, la musique, le jeu. La ville, douce en fin de journée, met déjà le public dans cet entre-deux où le rêve peut mordre le réel. On s’attable, on échange, on se demande à quel moment la faute va commencer à parler toute seule.

Un conseil pour entrer dans ce drame sans crisper : ne cherchez pas à tout « comprendre » au premier plan. Laissez-vous prendre par le flux des signes. La beauté de ce spectacle est d’avoir construit une hiérarchie lisible : ce qui doit frapper frappe, ce qui doit murmurer murmure. Et si, parfois, un détail vous échappe, c’est qu’il reviendra plus tard, comme un écho. Le plaisir d’un classique remis à neuf, c’est cette reconnaissance décalée : on sait, on ne sait plus, on sait autrement.

Vous venez en famille? Les adolescents, souvent fascinés par les univers sombres, y trouveront un terrain de jeu pour l’imagination. La violence est traitée avec intelligence, sans complaisance visuelle, plus par suggestion que par étalage. Les adultes, eux, goûteront le scalpel politique de l’ensemble, cette manière d’opérer à cœur ouvert sans sombrer dans le pamphlet. Les conversations d’après-spectacle, sur le parvis, n’en seront que plus vives : « À quel moment tout bascule? Qui, du couple, pousse le plus fort? La prophétie explique-t-elle tout? »

Pour que la soirée vous attrape de bout en bout, voici un petit itinéraire sensible, pensé comme une partition à jouer à votre façon.

  1. Avant : flânez au bord de l’eau, laissez la lumière du Léman vous dilater la pupille. Feuilletez une page ou deux de la pièce de Shakespeare pour respirer son souffle.
  2. Pendant : guettez trois signaux — un noir inhabituel, une image qui se fissure, un rire qui sonne faux. C’est souvent là que la vérité se retourne.
  3. Après : au lieu de trancher « j’ai aimé / j’ai pas aimé », jouez à la boussole : qu’est-ce qui vous attire encore? qu’est-ce qui vous repousse? Vous avez alors fait l’expérience pleine d’une adaptation contemporaine.

Envie d’aller plus loin? Les archives de la Maison des Arts du Léman regorgent de propositions passées, où l’on voit comment le lieu tisse, saison après saison, un lien entre les auteurs de toujours et les gestes d’aujourd’hui. On y mesure que la réussite d’une programmation tient à une alchimie : reconnaître la force des monuments, mais oser en montrer les failles. C’est ce chemin, rigoureux et joueur, que l’équipe d’Éric Giraud emprunte ici avec une belle autorité.

Petits repères pratiques et sensibles

Si vous aimez repartir avec une image en tête, laissez-la venir : elle n’est pas toujours la plus spectaculaire. Parfois, c’est un simple regard sur une table nue qui restera. Si vous êtes d’humeur comparative, souvenez-vous qu’une œuvre existe aussi au pluriel : chaque soir, l’équilibre se décale, et c’est très bien. Pensez à garder quelques minutes au calme après la dernière salve d’applaudissements. C’est là que la pièce achève son travail silencieux. La question n’est pas « qu’ai-je compris? » mais « qu’est-ce qui a bougé en moi? » Répondre à cela, c’est avoir fait l’expérience complète du théâtre moderne à Thonon-les-Bains.

Qui met en scène Macbeth à Thonon-les-Bains ?

La représentation est portée par la Compagnie du Graal et mise en scène par Éric Giraud, qui ancre le récit de Macbeth dans une esthétique résolument contemporaine, entre images, sons et tension dramatique.

En quoi cette version est-elle une adaptation contemporaine ?

Le spectacle transpose la fable dans un univers actuel et sensoriel : lumière et vidéo structurent l’espace, le son sculpte l’angoisse, et les codes politiques et médiatiques éclairent les enjeux de pouvoir. La mise en scène conserve l’intensité de la tragédie tout en parlant notre langue visuelle.

Faut-il connaître la pièce de Shakespeare avant de venir ?

Ce n’est pas indispensable. La dramaturgie est pensée pour rester claire, même sans repères préalables. Ceux qui connaissent déjà la pièce de Shakespeare goûteront des échos nouveaux ; les autres découvriront une histoire haletante servie par un théâtre moderne.

À partir de quel âge peut-on apprécier ce spectacle ?

Des adolescents peuvent y trouver un grand intérêt, l’esthétique privilégiant la suggestion à la violence brute. Les adultes apprécieront le sous-texte politique. L’intensité émotionnelle en fait une expérience forte, à partager et à discuter.

Où se déroule la représentation à Thonon-les-Bains ?

La création a lieu au théâtre Maurice-Novarina, au cœur de Thonon-les-Bains, dans le cadre de la programmation de la Maison des Arts du Léman, référence régionale pour les formes scéniques exigeantes et accessibles.