À Gourin, on entend des voix nouvelles s’accorder avec les planches anciennes. La troupe de la Commère frotte sa curiosité au théâtre contemporain, et les murs de la Maison communale vibrent chaque jeudi soir d’une énergie qui n’a rien d’un simple échauffement. Sous l’œil attentif de Pierre-Marie Quesseveur, qui a repris la mise en scène après Claudette Cano, la compagnie explore l’Anthologie des auteurs dramatiques de langue française de Michel Azama. Les comédiens passent d’un rire à un vertige tragique, d’une performance absurde à un geste de pure tendresse scénique. Il y a des carnets annotés, des chaussures de répétition, un projecteur qui grésille : tout ce bazar joyeux fait naître une idée exigeante de l’art dramatique.
L’ambition n’est pas secrète : un spectacle en 2026, façonné « au bruit du monde », comme le dit le metteur en scène. Ces jeudis à Gourin sont des ateliers d’écoute : on y tisse des chroniques sociales, on remonte des mémoires heurtées par l’Histoire, on fait passer sur scène les petits heurts du travail et les grandes questions de la culture d’aujourd’hui. Il y a Edmond qui cherche le bon souffle, Christine qui lance une improvisation, Robert qui pose la bonne question au bon moment. Et au centre, l’Anthologie comme boussole. Entre deux répliques, la commode du vestiaire sert de table dramaturgique. On y cale les idées, on y plante les doutes. On en ressort avec des pages griffonnées et l’envie d’aller plus loin.
Sommaire
Gourin. La Commère et l’Anthologie de Michel Azama : un laboratoire du théâtre contemporain
Tout commence par un rituel : tous les jeudis soir, la porte de la Maison communale s’ouvre sur un plateau nu où l’on rêve très fort. La troupe de la Commère, enracinée dans l’association D’Ateliers en Expos, s’est donnée une matière vive à travailler : l’Anthologie de Michel Azama. Ce corpus, c’est une boîte de vitesses qui permet aux comédiens de passer du tragique à l’absurde, du comique de situation à la comédie pure, sans craquer l’embrayage. Pour Pierre-Marie Quesseveur, metteur en scène, la ligne est claire : « nous expérimentons le bruit du monde ». Cela signifie voir leur propre vie reflétée par des textes qui parlent de travail, d’exil, de précarité, de solidarité, de fêtes aussi. Car il n’y a pas que le sombre : l’humour y pointe souvent son nez pour casser la gravité au bon moment.
Dans l’Anthologie, chaque extrait devient une petite piste d’atterrissage pour l’imaginaire. On teste une version « au micro » comme si l’on tenait une assemblée d’usine, puis une version « confession radio », puis une version « bistro », tout en déplaçant les chaises pour trouver le bon tempo. Les comédiens apprennent à soigner la rupture : un silence, une scansion, un regard posé dans la salle. Quand le texte menace de filer, une question sauve la séquence : « qui parle et à qui ? ». D’un jeudi à l’autre, des bouts de scènes s’agrègent et un fil dramaturgique se dessine, à la fois social et poétique, chaleureux et indocile.
Ce chantier dialoguera avec l’actualité des plateaux. Pour élargir les horizons, les membres s’inspirent des créateurs qui bousculent la forme. Les discussions s’enflamment autour d’un metteur en scène qui nourrit le débat en France, comme on peut le suivre à travers une exploration du travail de Julien Gosselin. Il ne s’agit pas de copier, mais de mesurer la souplesse du « récit scénique » et ce que peut signifier « mettre en crise » une fable aujourd’hui. Et à Gourin, cela passe par des partitions claires : qui prend la parole, qui écoute, qui raconte le cadre.
Ce que les comédiens testent concrètement chaque jeudi
Pour éviter l’abstraction, la compagnie a mis au point une petite mécanique d’essais. Les comédiens se répartissent par binômes, reçoivent une contrainte (rythme binaire, focalisation sur un objet, respiration commune), puis rejouent la même page deux ou trois fois en modifiant seulement l’enjeu. C’est enfantin et redoutable. On voit alors un texte se colorer autrement, comme un paysage que la lumière traverse à des heures différentes.
- Registres travaillés : tragédie sèche, absurde « à froid », comique de situation, comédie chorale.
- Contraintes de plateau : lumière fixe, deux chaises, un objet commun, voix non projetée.
- Objectifs : précision, écoute, clarté du sens, organicité de la performance.
- Sortie de résidence envisagée : lecture scénique partagée avant l’été.
| Élément-clé | Pratique | Effet recherché |
|---|---|---|
| Texte d’Azama | Lecture à voix basse puis reprise en adresse publique | Nuancer l’intimité et la frontalité |
| Silence | 5 secondes imposées après un verbe d’action | Créer une tension respiratoire |
| Objet commun | Un tabouret devient point de gravité | Unifier le regard du public |
| Chœur | Réplique répétée en canon | Rendre audible « le bruit du monde » |
Un projet vivant se nourrit de sources multiples. Quand la troupe cherche des prises, elle jette un œil aux expériences d’ailleurs, discutées autour d’une table après répétition, vidéos à l’appui.
Ce premier socle pose l’exigence : l’Anthologie est un terrain de jeu sérieux, et la troupe y déploie ses outils avec gourmandise.
Passer du texte à la vibration scénique demande une méthode précise : place maintenant au cœur battant des répétitions.
Gourin. Méthodes de répétition : de la table à la scène, la fabrique d’une performance
La Maison communale devient un gymnase vocal dès l’arrivée. On démarre par un échauffement qui n’a rien d’un simple « on déroule le cou » : on marche en diagonales, on pulse les consonnes, on joue à déplacer le centre de gravité pour que le corps encaisse les émotions sans crispation. Après vingt minutes, les voix ont perdu leur raideur, les gestes deviennent lisibles. Puis vient la table, là où l’on dissèque sans chercher le brillant. Qui parle ? À quel manque répond la réplique ? Où l’ironie se cache-t-elle ? On cherche le point de bascule d’une scène comme on cherche une note juste : en la ratant souvent.
Ensuite, place à la « mise en crête » : la même page est jouée trois fois, en modulant uniquement l’énergie. Version A, minimale, presque murmurée. Version B, « radio dramatique », avec clarté des intentions. Version C, en lyrisme assumé. La comparaison immédiate fait jaillir des évidences. Un rire tenue à contretemps ruine une gravité. Une virgule posée au bon endroit transforme une colère en supplication. Le metteur en scène note en marge et reformule : « ce n’est pas plus fort, c’est plus clair ».
Le voyage d’un extrait : étapes types
Un extrait de l’Anthologie entre dans la machine comme un morceau de bois brut. Il en sort parfois « verni », parfois totalement réécrit en jeu. La troupe n’a pas peur d’aller voir ailleurs pour inspirer la mécanique : une pièce nerveuse permet de calibrer l’énergie, un drame lent apprend à respirer. Ces références servent de points de friction, jamais de modèles impératifs. On en parle en se partageant des articles et des captations, par exemple un détour par Strasbourg ou une traversée de Lyon entre vitesse et vertige.
- Échauffement : souffle, articulation, présence périphérique.
- Table : situation, enjeu, adresse, sous-texte.
- Crête : trois intensités pour un même texte, comparaison immédiate.
- Fixation : choix provisoire, annotation collective, reprise au prochain jeudi.
| Étape | Outil | Indicateur de réussite |
|---|---|---|
| Échauffement | Vocalises consonantiques / marche en diagonales | Voix placée sans forcer, écoute active |
| Table | Questionnaire d’adresse (qui / à qui / pourquoi) | Enjeu formulé en une phrase |
| Mise en crête | Versions A-B-C | Choix d’énergie partagé par le groupe |
| Fixation | Annotations scéniques codées couleur | Stabilité sur deux répétitions |
Pour rendre la progression tangible, la troupe s’offre des « micro-réveils » : courts shows en fin de séance où deux scènes s’enchaînent devant les autres. Les rires et les silences qui en sortent sont notés comme des données. Un graphique improvisé à la craie sur le mur du fond sert de baromètre : là où la courbe retombe, on saura revenir. Cette méthode, née d’essais et d’erreurs, fait gagner du temps et de la précision.
Regarder ce qui s’invente ailleurs nourrit le désir : une soirée-découverte en Lorraine, au détour de Saint-Avold, ou la vitalité d’un plateau bourguignon que l’on suit via Saint-Gengoux. Ces échos élargissent l’oreille et donnent des idées de scénographies légères, d’adresses directes, d’entrées de jeu par le public. Le fil rouge reste le même : précision et joie de faire, dans un cadre solidaire.
Au terme de cette fabrique, les scènes gagnent en densité et la performance respire mieux : voilà le carburant du projet.
Ce souci de précision n’empêche pas la filiation : la Commère a déjà mêlé héritage et invention. Ouvrons l’album des scènes récentes pour comprendre le virage actuel.
Gourin. De Molière à l’Auvergnat : héritage et réinvention sur scène
La mémoire récente de Gourin raconte une aventure réjouissante : la reprise et le jeu d’une comédie qui métissait l’ombre de Molière à une fantaisie provinciale, « Le misanthrope et l’Auvergnat ». La troupe a foulé la scène de Tronjoly, et l’on en parle encore au marché le samedi. Cette comédie a servi de terrain pour roder une mécanique de chœur, de ping-pong verbal, et de rythme comique au cordeau. Passer à l’Anthologie d’Azama n’est donc pas une rupture, mais une translation : on conserve le sens de la réplique, on aiguise le couteau dramaturgique, on ouvre les fenêtres sur des enjeux plus nettement contemporains.
Le public, lui, n’a pas changé : il aime rire et être surpris. La proposition en cours garde cette hospitalité. Oui, il sera question de monde du travail, de déracinements, de blessures politiques. Mais la porte d’entrée restera la fiction, capable de déplacer des montagnes en douceur. À Gourin, on n’a pas peur de parler sérieux sans froncer les sourcils. La culture se partage mieux quand on rit ensemble, c’est une règle d’or dans la Maison communale.
Comment on passe du classique au contemporain sans perdre le public
La troupe a formulé une règle simple : « on ne jette pas les clés ». Les mécanismes qui marchent chez Molière marchent encore si l’on sait quoi déplacer. L’ironie ? Gardée, mais réadressée. La cadence ? Conservée, mais ventilée. L’adresse au public ? Maintenue, parfois redoublée. Cette transposition s’exerce en atelier : une scène classique est rejouée avec des mots d’aujourd’hui, puis on inverse l’exercice. Les rires arrivent aux mêmes endroits, signe que la mécanique comique est bien calée, même si la peau a changé.
- Déplacement de l’ironie : de la satire de mœurs vers la tension sociale.
- Rythme soutenu, mais respirations plus longues pour l’écoute.
- Adresses directes régulières pour réactiver l’attention.
- Choralité accrue : la troupe devient personnage collectif.
| Aspect | Classique (référence Molière) | Contemporain (Anthologie Azama) |
|---|---|---|
| Langue | Vers/Prose stylisée | Prose vive, registres mixtes |
| Conflit | Satire de mœurs | Enjeux sociaux/politiques |
| Rythme | Cadences strictes | Variations et ruptures assumées |
| Public | Dernier confident | Complice et témoin actif |
Pour nourrir ce pont, la troupe regarde des démarches hybrides, où la phrase classique se cogne à des écritures d’aujourd’hui. On aime particulièrement ces objets de jeu « tous terrains », à l’image de propositions comme une fantaisie messine autour du masque, qui rappelle qu’un accessoire bien pensé peut ouvrir tout un univers. La même curiosité guide l’exploration d’ateliers adressés à la jeunesse, tel que un théâtre ados qui prend les corps au sérieux. Ces respirations inspirent des choix concrets : une entrée de scène par la salle, un hymne parlé, une scène en cercle serré…
En attachant le fil du passé à l’aiguille du présent, la Commère coud une étoffe solide : la scène devient un lieu d’histoire partagée et de jeu vif.
Ce lien avec le public ne se décrète pas : il se cultive semaine après semaine. Voyons comment la ville se branche sur la scène.
À Gourin, habitants et culture : la communauté qui entoure la Commère
Une troupe vit de ses rythmes, mais aussi de ses voisinages. À Gourin, le théâtre déborde la salle de répétition. Les comédiens vont au-devant des habitants : un marché de producteurs devient prétexte à une mini-lecture, le hall d’une médiathèque se prête à un « chœur de répliques », une classe de collège découvre la force d’un silence tenu dix secondes. Ces gestes modestes fabriquent un public actif. On ne vient plus seulement « voir un spectacle », on rejoint une conversation locale où le réel se rejoue et s’éclaire.
Cette dynamique s’appuie sur des partenaires. L’association D’Ateliers en Expos apporte le cadre, des bénévoles tiennent le fil logistique, la mairie accompagne l’ouverture de la Maison communale. S’ajoutent des amitiés de plateau : on échange des idées, des accessoires, des bonnes pratiques avec d’autres scènes. Ici, une soirée repérée dans l’Est inspire un format après-coup, comme on l’a vu via une soirée théâtre conviviale à Saint-Avold. Là, une programmation bourguignonne donne des envies d’itinérance, à l’image de Saint-Gengoux et ses expériences contemporaines. Ces croisements, modestes mais constants, font des merveilles.
Des actions concrètes pour élargir le cercle
La Commère a formalisé quelques rituels qui fonctionnent particulièrement bien. D’abord, le « jeudi ouvert » une fois par mois : n’importe qui peut venir assister à une heure de travail, puis échanger autour d’une tisane. Ensuite, la « valise de scène » : un sac d’accessoires qui permet de jouer deux courtes séquences dans des lieux non équipés. Enfin, le « carnet du voisin » : un cahier qui circule après chaque sortie pour recueillir des impressions, devenant à la fois feedback et mémoire.
- Jeudi ouvert : partage d’une heure de répétition et discussion.
- Valise de scène : deux séquences jouables partout (bibliothèques, halls).
- Carnet du voisin : recueil d’impressions, source d’amélioration.
- Itinérances possibles : écoles, EHPAD, associations locales.
| Action | Public visé | Indicateur | Impact |
|---|---|---|---|
| Jeudi ouvert | Curieux, familles | 15-30 personnes/séance | Acculturation au processus |
| Valise de scène | Lieux non équipés | 4-6 interventions/trimestre | Visibilité et fidélisation |
| Carnet du voisin | Spectateurs réguliers | 40 retours/saison | Amélioration continue |
| Itinérances | Scolaires/Seniors | 8 rencontres/an | Transmission intergénérationnelle |
La compagnie s’ouvre également aux énergies adolescentes : un atelier de parole scénique, inspiré de démarches comme un théâtre ados engagé, initie les jeunes au jeu d’adresse et de choralité. On y apprend à dire « je » sans crier, et « nous » sans se dissoudre. Ces passerelles fabriquent, au fil de l’année, une constellation de spectateurs complices qui, le soir venu, arrivent déjà « en jeu » dans la salle.
Ce maillage met la scène au centre d’une vie locale joyeuse : à Gourin, la culture est affaire de voisinage et de prises de parole partagées.
Reste à savoir comment tout cela se transforme en rendez-vous public : cap sur l’horizon 2026 et sur la cuisine des grandes étapes.
Vers 2026 : calendrier, production et performance collective de la Commère
L’annonce est nette : la troupe vise un spectacle en 2026. Pour y parvenir sans perdre le plaisir, la Commère a découpé la route en étapes franches. D’abord consolider le corpus de scènes issues de l’Anthologie. Ensuite, fixer une architecture de soirée qui alterne solos, duos, chœurs parlés, et un moment « basse continue » où la lumière écoute plus qu’elle ne montre. Le tout dans une scénographie légère : praticables, chaises, une rampe chaude, et des objets du quotidien. Ce minimalisme n’est pas une contrainte triste ; c’est une esthétique qui laisse les corps raconter.
La production s’écrit à plusieurs mains. Un binôme s’occupe des relations avec les lieux et festivals voisins, un autre de la communication, un dernier de la logistique. Les inspirations circulent : un duo va voir un spectacle à Guénange pour comprendre le nerf de la comédie de caractère, comme dans une comédie des équilibres subtils. D’autres prennent des notes à Villeurbanne sur l’art de l’adresse directe, via une création qui joue avec l’oralité. Un troisième binôme observe à Montrevel comment un détail visuel peut devenir moteur scénique, tel que un cheveu bleu qui raconte le monde. À chaque retour, on met en circulation deux idées concrètes, testées le jeudi suivant.
Roadmap de création : les jalons concrets
Le calendrier doit respirer. Les mois pairs seront consacrés aux consolidations, les impairs aux explorations. Au printemps, une première lecture publique ; en été, une résidence courte ; à l’automne, un filage technique ; en hiver, une générale en conditions réelles. Chaque faseyement sera l’occasion de vérifier que l’art dramatique reste lisible et que la performance garde sa chaleur.
- Printemps : lecture publique et retours guidés.
- Été : résidence courte et ajustements scénographiques.
- Automne : filage technique, réglages lumière/son.
- Hiver : générale devant un panel de spectateurs complices.
| Période | Objectif | Livrable | Mesure |
|---|---|---|---|
| Mars-Avril | Stabiliser 40 minutes | Lecture publique | Questionnaire public (20 items) |
| Juin | Tester scénographie | Maquette plateau | 3 options lumière validées |
| Octobre | Continuité dramaturgique | Filage 60 minutes | Moins de 3 arrêts |
| Décembre | Conditions réelles | Générale complète | Temps total stabilisé |
Pour nourrir la souplesse, la troupe pioche aussi du côté de formats plus courts et plus pop, observés ici et là : des soirs « à la bonne franquette » ou des mini-cycles comme à l’Est. Des repérages récents ont fait jaser la table de répétition : « et si on osait un lever de rideau ultra nerveux, façon circuit court de jeu ? », idée sortie à la vision d’une soirée vive. Dans le même mouvement, on garde un œil vers des objets singuliers qui racontent aussi notre temps, comme des formes proches du stand-up poétique ou de la lecture performée.
Enfin, on n’oublie pas d’alimenter le réservoir d’envies avec d’autres horizons : la troupe s’échange des liens inspirants, prend des notes en marge, et file des passerelles avec des expériences voisines qui galvanisent, qu’elles soient présentées à Metz, à Guénange ou ailleurs, à l’image de cette proposition autour du masque. Le but n’est pas de tout faire, mais de garder la scène poreuse au monde.
En ligne de mire, un rendez-vous 2026 clair comme une promesse : un soir à Gourin où la salle partagera ce « bruit du monde » apprivoisé, en confiance.
Ce chemin trouve sa source dans le quotidien : des jeudis qui s’additionnent, des gestes qui s’affinent, des voix qui se hissent. Reste à garder le moteur humain bien huilé.
Gourin. Les humains de la Commère : transmission, rôles et solidarité en action
Un projet scénique n’existe que par ses personnes. À Gourin, on connaît les prénoms et les gestes. Edmond déplie les chaises sans bruit, Christine lance la première réplique quand l’air hésite, Robert veille sur la cohérence des transitions, Chantal écoute comme personne, et Pierre-Marie Quesseveur tient le cap, héritant d’un esprit de troupe initié par Claudette Cano. Cette filiation est un trésor discret : elle assure que la Commère reste une maison où l’on apprend autant qu’on joue.
La répartition des rôles est fluide, mais nette : chacun sait quel fil tenir. Ceux qui aiment le texte préparent les coupes; les plus physiques proposent des ritournelles de déplacement; une petite équipe technique invente chaque semaine un micro-plan de lumière à deux projecteurs. Cette économie de moyens fait naître une dextérité contagieuse. On fabrique un théâtre « ajusté », où l’ingéniosité remplace le gros matériel et où le plaisir fait office de carburant propre.
Les gestes qui font tenir la scène, semaine après semaine
La troupe a listé les gestes qui, s’ils sont soignés, changent tout. Une entrée bien timée vaut mieux qu’un cri; une sortie nette rend compréhensible une chute; un regard posé sur le public peut valoir un paragraphe de dramaturgie. On ne s’en prive pas : chaque fin de séance, on débriefe 15 minutes chrono, sur la base de trois questions simples et efficaces. Cela suffit à garder la machine sensible et pleine d’appétit.
- Entrées « d’aimant » : la scène attire avant de démarrer.
- Sorties « de signature » : une image claire pour conclure.
- Regards utiles : réactiver la présence du public.
- Débrief court : trois questions, pas une de plus.
| Question de débrief | Pourquoi | Résultat attendu |
|---|---|---|
| Qu’avons-nous compris de neuf ? | Identifier le gain de sens | Clarté dramaturgique |
| Qu’est-ce qui a coincé ? | Pointer un obstacle concret | Plan d’action ciblé |
| Qu’est-ce qui donne envie ? | Préserver la joie | Motivation pour la séance suivante |
La Commère s’autorise aussi des curiosités pour garder l’oreille fraîche. On s’inspire d’expéditions amicales, et on se transmet les trouvailles. Parfois, la trouvaille est un simple détail de jeu vu ailleurs, qui devient graine de séquence. D’un plateau à l’autre, on reconnaît cette capacité du théâtre à s’auto-régénérer. Certaines idées viennent d’épopées rapides ou d’objets singuliers entrevus ici ou là ; d’autres naissent de conversations de fin de marché. Dans tous les cas, on les ramène sur la scène gourinoise, et on les traduit en gestes simples et partageables.
En somme, la force de la Commère est humaine avant tout : une grammaire de gestes modestes qui, ensemble, composent une grande phrase théâtrale.
Quand l’humain est solide, le processus décolle. Et quand le processus décolle, le public suit : la boucle est bouclée à Gourin.
Quand et où la troupe répète-t-elle ?
Les répétitions ont lieu à la Maison communale de Gourin, chaque jeudi en fin de journée. Le cadre de travail est convivial et rigoureux, au sein de l’association D’Ateliers en Expos.
Qui dirige la mise en scène actuellement ?
La direction artistique est assurée par Pierre-Marie Quesseveur, qui a pris le relais de Claudette Cano. Il conduit un travail centré sur l’Anthologie de Michel Azama et l’écoute du « bruit du monde ».
Quel est l’objectif public de la compagnie ?
Un spectacle est en préparation pour 2026. La forme alternera solos, duos et chœurs, dans une scénographie légère et une adresse claire au public.
Peut-on rejoindre la troupe ou participer à un atelier ?
Oui. La Commère organise des « jeudis ouverts » mensuels. Les personnes intéressées peuvent venir observer une heure de travail et échanger avec les comédiens.
La programmation s’adresse-t-elle à tous les publics ?
L’ambition est d’allier exigence et hospitalité. Les thématiques contemporaines sont abordées avec humour et clarté, pour permettre à chacun d’entrer dans la fiction.
