À Strasbourg, quand la scène culturelle s’enflamme, elle le fait avec panache. Au cœur de cette effervescence, Dix-10-dix propose un témoignage public où les costumes précèdent les mots, et où l’expression artistique dévoile des fragments d’existence. La proposition, intitulée “Et le costume parle (avant le texte)”, portée par la mise en scène d’Aude Koegler, renverse les habitudes du théâtre contemporain en invitant dix personnes à traverser dix séances de deux heures et un stage de dix heures pour faire surgir un récit scénique polyphonique. L’enjeu: partir d’un vêtement pour remonter jusqu’au corps, puis au langage, et, enfin, à la scène.
La ville s’y prête: espaces de recherche, curiosité des publics, et une tradition de spectacle vivant où les frontières entre disciplines se déplacent. L’expérience est publique, vivante, radicalement située: à la Maison Théâtre de Strasbourg, on vient écouter des voix qui se découvrent en même temps qu’elles se fabriquent. On y parle de corps, de genre, de beauté, de pouvoir, de métamorphoses – de tout ce qui, chez chacun, bat un peu trop fort pour rester caché. C’est une soirée où la création artistique devient autant méthode que résultat, et où la ville elle-même, riante et grave, prête ses échos. On ressort avec des images plein la tête, des questions en poche, et un désir simple: retourner voir comment ça se réinvente demain.
Sommaire
Dix-10-dix à Strasbourg : un témoignage public qui bouscule le théâtre contemporain
Le cadre est posé: Dix-10-dix réunit dix participant·es, dix séances de deux heures, un stage de dix heures, et un témoignage public final. L’architecture du dispositif est limpide et audacieuse. Partir du costume – un manteau, un col trop large, des bottines bravaches – pour faire surgir une personne, puis un texte, puis une présence scénique. À Strasbourg, ville de carrefours, cette voie de traverse s’inscrit dans une longue tradition d’expérimentation en arts de la scène. L’objectif n’est pas de “jouer un rôle” au sens classique, mais d’ouvrir un passage entre soi et la scène, de laisser le vêtement devenir un révélateur.
On imagine Léna, sortant un tailleur vert bouteille de sa housse. À l’essayage, les épaules la grandissent; sa démarche change; une évocation de pouvoir affleure. De là surgit un texte: non pas appris, mais écrit dans le souffle, phrase après phrase. La performance théâtrale se tisse comme une enquête, par indices et hypothèses. À chaque séance, un personnage à peine esquissé se précise; au stage, les trajectoires individuelles se rencontrent et s’assemblent. Au final, le public ne contemple pas un “résultat” mais un passage, assumé et vibrant, du costume à la parole.
Dans cette économie sensible, Strasbourg joue pleinement son rôle de partenaire: la scène culturelle locale – TAPS, TAPS Laiterie, Maison Théâtre – offre des points d’appui et des résonances. Les curieux peuvent d’ailleurs élargir leur horizon en explorant des démarches cousines: Chair fantôme à Strasbourg ou les créations de Sarrebourg, qui éclairent d’autres façons d’habiter le plateau.
Ce que le public verra (et ressentira)
Un spectacle vivant sans fard, où la fragilité devient force, où l’humour perce au détour d’un revers pailleté. On y entendra des fragments intimes et des fictions rapides, des récits de corps assujettis ou émancipés, des métamorphoses rieuses. La mise en scène d’Aude Koegler s’attache à dégager les lignes de force de chaque prise de parole, et à bâtir une partition collective.
- Processus inversé : costume → personne → texte → scène.
- Paroles incarnées : le corps comme première dramaturgie.
- Polyphonie : dix trajectoires tressées en une soirée.
- Ouverture : moment d’échange avec la salle, si le temps le permet.
| Élément | Durée/Nombre | Objectif scénique |
|---|---|---|
| Sessions hebdomadaires | 10 × 2h | Explorer le costume et la posture |
| Stage intensif | 10h | Agencer les matériaux en récit scénique |
| Témoignage public | 1 soirée | Partager le parcours et l’expression artistique |
Envie d’élargir votre carte du théâtre en France? Faites un pas de côté avec un détour par Dompierre et son théâtre contemporain ou explorez la troupe de Gourin pour voir comment d’autres territoires réinventent la scène.
Cette écoute ouverte au plateau pose une question simple: que devient un texte quand il est d’abord un tissu, une coupe, une manche? Réponse: une voix qui se tient, à hauteur d’humain, prête à rencontrer la salle.
Costumes, corps et voix : méthode inversée pour une performance théâtrale
Commencer par un vêtement, c’est accepter de céder un instant la main au hasard et à la matière. Le tissu oblige à se déplacer: il ajuste la posture, guide la respiration, révèle des gestes ignorés. Dans Dix-10-dix, cette hypothèse devient méthode. Les ateliers proposent d’abord une traversée sensorielle: enfiler, marcher, rester en silence, puis parler. La voix arrive ensuite, presque malgré soi, parce que le corps a déjà trouvé sa cadence. Voilà une dramaturgie en actes: la parole ne commente pas le costume; elle surgit de lui.
Ce renversement tranche avec les habitudes du théâtre contemporain, souvent centrées sur le texte source. Ici, le texte est l’aboutissement d’une dérive corporelle. Le groupe travaille les transitions: comment passer de la simple description – “cette jupe serre au ventre” – à la fiction – “cette jupe, c’est mon armure de lundi”? On module, on coupe, on tisse. À l’issue, la performance théâtrale conserve la spontanéité du premier élan, tout en s’armant d’une rigueur rythmique.
Exercices emblématiques et effets concrets
Pour rendre visible la trajectoire, les animateurs jouent de protocoles précis. Chaque exercice a un effet attendu, une surprise possible, et une marque scénique identifiable. Quelques exemples, que vous pourrez repérer lors du témoignage public:
- Marche nommée : traverser le plateau, nommer trois sensations. Effet: ancrage et diction claire.
- Adresse au miroir : parler au costume comme à un alter ego. Effet: dédoublement, ironie douce.
- Chœur des poches : objets sortis des poches racontent une semaine. Effet: montage rapide, humour documentaire.
- Silence habité : 30 secondes immobiles. Effet: densité, respiration commune.
| Démarche | Approche traditionnelle | Approche Dix-10-dix | Effet sur scène |
|---|---|---|---|
| Naissance du personnage | À partir d’un texte | À partir d’un costume | Présence organique, parole incarnée |
| Relation au public | Frontale, narrative | Directe, adressée | Écoute active, co-présence |
| Écriture | Pré-écrite | Processuelle | Souplesse et surprise |
Cette méthode résonne avec d’autres expériences en France: pour une énergie de troupe, regardez du côté de Les Crapauds fous; pour une ironie acide sur la construction des rôles, (re)visitez Yvonne, Princesse de Bourgogne. Et lorsqu’il s’agit d’accompagner la jeunesse, un atelier qui fait conter fleurette aux ados montre comment le jeu naît de contraintes inventives.
- Corps moteur : le geste prime sur le sens.
- Texte révélateur : écriture au plus près du souffle.
- Groupe ressource : regards croisés, feedbacks sensibles.
- Scénographie complice : matériaux simples, effets nets.
Au bout du compte, c’est une promesse de théâtre qui n’a pas peur du présent: celui des corps tels qu’ils sont, immédiatement lisibles et immédiatement poétiques.
Strasbourg, scène culturelle en ébullition : échos et résonances autour de Dix-10-dix
On ne vient pas à Strasbourg par hasard quand on aime l’expérimentation scénique. La ville entretient un lien têtu avec la recherche artistique: lieux multiples, publics curieux, dialogues transfrontaliers. Ce terreau permet à Dix-10-dix d’exister et d’irradier au-delà de son cercle. Au TAPS Laiterie, des dramaturgies sensibles questionnent l’urbain; à la Maison Théâtre, on tente; ailleurs, on explore. C’est une ville qui a appris à écouter ce qui se risque.
Ce maillage s’élargit encore si l’on regarde du côté des voisins. Dans le même esprit de création artistique et de partage, on peut se laisser intriguer par Chair fantôme à Strasbourg, traverser vers les créations de Sarrebourg, ou filer plus loin, vers un récit de Commercy qui raconte une autre histoire du plateau. Le Grand Est n’est pas une simple carte; c’est une dynamique, un échange constant d’idées et de pratiques.
Cartographie utile pour spectateurs et curieux
Pour s’orienter dans cette effervescence, autant disposer de repères concrets. Les spectateurs aiment savoir où prendre des billets, où se garer, quelles durées anticiper. Les artistes, eux, cherchent les bons contextes, les interlocuteurs, les ateliers. Dans les deux cas, une grille simple aide à décider sans perdre l’élan du désir.
| Lieu/Projet | Ville | Signature artistique | Ressource associée |
|---|---|---|---|
| Dix-10-dix, témoignage public | Strasbourg | Costume avant texte, spectacle vivant | Réseau local et publics curieux |
| Chair fantôme | Strasbourg | Écriture de plateau | Voir le projet |
| Théâtre contemporain régional | Sarrebourg | Territoires et création | Parcourir |
| Récits et mémoires de scène | Commercy | Histoire et pratiques | Lire |
- Billetterie : se renseigner tôt, les formats intimistes affichent vite complet.
- Durées : garder une marge pour les échanges de fin de soirée.
- Mobilité : privilégier tram et vélo, la nuit strasbourgeoise y est propice.
- Curiosité : oser les projets peu documentés, la découverte est la règle.
Pour varier les horizons, on peut jeter un œil à un théâtre de guerre au féminin à Dijon ou à le café-théâtre de Thil, autant de jalons qui nourrissent, par ricochet, l’enthousiasme strasbourgeois.
Strasbourg n’a pas seulement des lieux; elle a une manière d’écouter les œuvres. On vient pour être surpris, on reste pour les retours généreux. C’est ce pacte discret qui fait des expériences comme Dix-10-dix des moments attendus – et partagés.
Du texte qui vient après : création artistique et dramaturgies du réel
Dans “Et le costume parle (avant le texte)”, l’écriture se fabrique au contact du réel. Elle n’est pas documentaire au sens strict; elle est attentive. On part d’une manche râpée, on arrive à un souvenir de bureau; d’un collier clinquant, on glisse vers un fantasme de scène. Le plateau devient alors un atelier de joaillerie: on taille, on polit, on assemble des éclats. C’est là que la création artistique se distingue: non par la monumentalité, mais par l’aiguisage des détails.
Mehdi, par exemple, enfile un blouson trop grand. Il raconte la sensation d’être “à côté de ses pompes”. Rapidement, l’image se renverse: le blouson devient cape; le garçon, héros. On rit, puis on écoute autrement, parce que cette transformation parle à chacun. La performance théâtrale prend des allures de laboratoire doux où l’on ose des gestes qu’on n’oserait pas ailleurs. Les thèmes – genre, pouvoir, séduction, métamorphoses – s’invitent sans programme lourd; ils apparaissent parce que les corps vivent, et qu’ils vivent ici, à Strasbourg, avec ses rues, sa lumière, sa pluralité.
Petites formes, grands effets
Ces dramaturgies discrètes tiennent une promesse forte: faire du réel une épaisseur scénique. Pour y parvenir, l’équipe affine trois paramètres – rythme, adresse, silence – qui, combinés, donnent leur chair aux paroles. Le silence, surtout, est un allié: il ne comble pas, il autorise la perception. Dans la foulée, un rire peut éclater; une émotion passe; la salle respire. Voilà comment naît une communauté d’instant, suffisamment solide pour qu’une voix fragile s’y risque.
- Rythme : alterner flux et coupe, accélérations et pauses.
- Adresse : regarder, choisir à qui parler, déplacer l’axe.
- Silence : densifier, laisser venir, assumer.
- Image : un geste clair vaut un paragraphe.
| Objet/Costume | Thème émergent | Technique scénique | Effet public |
|---|---|---|---|
| Cravate rouge | Pouvoir et jeu social | Adresser au premier rang | Tension ironique, complicité |
| Talons ébréchés | Fragilité et fierté | Silence prolongé | Empathie immédiate |
| Manteau oversize | Métamorphose | Marche ralentie | Image durable, souvenir |
Les amateurs de perspectives pourront croiser cette poétique avec d’autres lignes: un tragique revisité comme dans un théâtre de guerre au féminin à Dijon, ou une mémoire du plateau telle que la raconte un récit de Commercy. À chaque fois, le réel s’y trouve, bousculé, grossi, réordonné – mais jamais trahi.
Ce qui demeure, au-delà du procédé, c’est l’alliance entre précision et simplicité. Un costume, une voix, une salle: il n’en faut pas plus pour que l’expression artistique s’ouvre et qu’un monde advienne.
Pratique, repères et conseils pour vivre le spectacle vivant de Dix-10-dix
Comment profiter au mieux de cette soirée strasbourgeoise? D’abord, en venant comme on vient à une rencontre. Ce n’est ni un gala ni une audition: c’est une traversée collective. Prévoir un temps calme avant et après, pour entrer et sortir sans brusquerie. Sur place, la Maison Théâtre accueille avec chaleur; on s’y sent vite à l’aise. Et pour qui veut faire de la soirée un petit voyage scénique, les carnets d’inspiration ne manquent pas: un détour par Dompierre pour sentir un autre tempo, ou la vivacité de la troupe de Gourin pour goûter l’élan de groupe.
La date annoncée pour le témoignage public de Dix-10-dix à Strasbourg est un lundi de décembre, avec un pic d’attention autour du 15. L’horaire du soir permet de venir après le travail; la durée, raisonnable, inclut des respirations. La salle n’étant pas immense, la réservation est conseillée. À la sortie, restez pour l’échange: ces minutes-là prolongent la performance théâtrale et font circuler les idées.
Checklist du spectateur curieux
- Billets : prendre sa place tôt, formuler un besoin d’accessibilité si nécessaire.
- Arrivée : viser 15 minutes d’avance, repérer l’affichage.
- Disposition : s’asseoir où l’on voit les pieds et les mains – détails cruciaux ici.
- Après : rester pour deux questions, ou une, mais posées simplement.
| Repère | Information | Conseil |
|---|---|---|
| Quand | Mi-décembre, soirée | Vérifier la date la veille |
| Où | Maison Théâtre, Strasbourg | Tram et marche recommandés |
| Format | Témoignage scénique | Prêt à l’inattendu |
| Public | Tout curieux du théâtre contemporain | Venir à deux pour débriefer |
Envie de prolonger la route? Strasbourg n’est qu’un des points lumineux sur la carte. Vous pouvez aussi suivre des récits vifs comme Les Crapauds fous, ou explorer des voisinages esthétiques avec le café-théâtre de Thil. L’essentiel, dans tous les cas, reste la même joie: s’asseoir, regarder, et laisser le spectacle vivant faire son travail discret.
Parce que la scène, ici, se fabrique avec nous, on repart avec l’impression d’avoir prêté – et reçu – quelque chose. Et c’est souvent ce “quelque chose” qui nous fait revenir.
En quoi Dix-10-dix diffère-t-il d’un spectacle classique ?
Le dispositif part d’un élément de costume pour faire émerger la personne, puis le texte. Le public assiste à une forme de témoignage scénique, plus proche d’une rencontre que d’une fiction traditionnelle.
Faut-il connaître le théâtre contemporain pour apprécier la soirée ?
Non. L’expérience est accessible et sensible. Les codes sont expliqués par le jeu lui-même : corps, objets, adresses simples. Venir curieux suffit.
Combien de temps dure le témoignage public ?
La soirée se tient en une séance d’environ une heure à une heure trente, selon l’assemblage final. Prévoir un temps d’échange informel après.
Peut-on venir en groupe ou avec des ados ?
Oui, si chacun accepte la concentration requise. Pour des activités dédiées aux jeunes, inspirez-vous d’initiatives comme un atelier qui fait conter fleurette aux ados pour préparer la venue.
Quelles autres pistes explorer autour de Strasbourg ?
Découvrez Chair fantôme à Strasbourg, les créations de Sarrebourg, ou encore des itinéraires plus lointains comme un détour par Dompierre et la troupe de Gourin pour enrichir votre carte du spectacle vivant.
